Diskronik Punk

Mercredi 8 mars 2006

Alkaline Trio – From here to infirmary / Good mourning / Crimson
Qui pense encore que les punks sont des crétins crétus ? Qui pense encore que le punk c’est "No future" ? Evidemment tout cela existe encore, de la même manière qu’il existe des groupes de metal qui crachent du sang ou portent des bracelets à clous… quelques résurgences d’un folklore agonisant (on peut le regretter ou pas, mais c’est un autre débat).
Le punk rock "moderne" se veut souvent une alternative à la pop mollassonne vomie par les mass media. Teinté d’une attitude underground et d’un passé sulfureux, le punk rock est finalement accessible pour la plus grande partie, souvent proche de la power pop (j’exclue les groupes les plus hardcore et toute la scène "street", enracinés 77) En outre les Ramones fondateurs ne sont ils pas finalement un parfait groupe pop ?
C’est en Californie que l’on trouve le berceau du punk rock / hardcore mélodique. Mais d’autres régions ne sont pas en reste. Alakaline Trio est originaire de Chicago. Je ne vous ferai pas de bio détaillée, n’ayant que peu de connaissances sur ce sujet, et ne possédant que les trois albums dont il est question ici (à compléter donc…)
Alkaline Trio n’a gardé de ses origines punk qu’une attitude intègre et une démarche artistique empreinte de simplicité. Comme beaucoup de groupes issus de cette scène, Alkaline va à l’essentiel ce qui ne l’empêche pas de faire preuve de subtilité. J’irai même jusqu’à dire que Alkaline n’est que finesse, car à part quelques titres particulièrement évidents ("Private eye", "This could be love"…), la beauté du groupe est un peu cachée. Le son d’abord : une basse ronflante comme un V8 interceptor et une guitare qui mélange accords épais et gimmicks désenchantés. Les voix enfin. D’un côté Matt Skiba (chant / guitare), tout en éraillement poignant et en grave chaleureux, de l’autre Daniel Andriano (chant / basse), voix claire parfois "limite" et un peu pleurnicharde…
Derrière ces deux là, la batterie s’éloigne du classique vrombissement habituel, le groupe évoluant dans des mid-tempos permettant au batteur de s’exprimer un peu plus qu’à l’accoutumée.
L’ambiance est rouge passion et noir tristesse, les deux seules couleurs utilisées sur tous les disques du groupe et qui résume assez bien son parti-pris artistique : un punk rock émotionnel, mélancolique aux accents parfois dramatiques dont toute la richesse se niche dans des lignes de chants raffinées, subtilement harmonisées, dans un entrelacement de mélodies nostalgiques et lumineuses… Ecouter Alkaline "en fond" ne me parait pas être une bonne idée. C’est l’erreur que j’ai faite pendant plusieurs mois et j’ai failli passer à côté de ce groupe atypique. Les albums sont à déguster d’abord en tête à tête (au casque ?) pour en apprécier toute la portée et la profondeur.
Sur les trois albums que je possède je ne saurais trop vous conseiller Good mourning et Crimson. Ce dernier est un peu plus posé, les compositions particulièrement réussies sont maîtrisées jusque dans le moindre arrangement… Arrangements un peu plus nombreux qu’auparavant. Le son est également légèrement moins rêche que sur le précédent (je décèle une influence lointaine de Cure sur ce disque, notamment dans le rôle accentué de la basse). From here to infirmary propose aussi quelques bons moments (notamment l’incontournable "Private eye" qui vaut à lui seul l’achat du disque) mais reste à mon sens plus faible que les deux autres. Inutile de vous dire que je vais me pencher sur le premier album du groupe et la compil’ de raretés qui me restent à découvrir.

 

 

Par Heavy REM
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Jeudi 9 mars 2006

Les Sheriff, le meilleur groupe français
Les Téléphone étaient les premiers, les Sheriff seront les meilleurs. Issu de la scène alternative des années 80 (Mano Negra, Garçons Bouchers…), le groupe montpelliérain trouve ses racines dans le punk rock américain. Plus Stooges que Sex Pistols, plus Ramones que Clash. Riffs tronçonneuse, accords barrés plaqués ad lib, acharnement, obstination et mélodies évidentes.

Prêts à en découdre
Mais la foi, l'énergie juvénile sont là. En ces années 80 où la pop électronique rassemble les suffrages, les Sheriff fourbissent les Gibson, prêts à en découdre. Au fil d'innombrables concerts et d'une poignée d'albums, ils affinent leur style et un deuxième guitariste vient renforcer la bande. Les chœurs, marque de fabrique du groupe, deviennent plus subtils. Porteur supplémentaire de mélodies, on est souvent tenté de les brailler plus que les refrains !
Car si le groupe est speed et branché sur le 220, il n'en demeure pas moins mélodique. Pas au sens "pop américaine" du terme mais dans le sens "chantant", "immédiat". Jamais les Sheriff ne cèdent à la facilité du punk oï, parfumé à la Valstar, éructé sur quatre mauvais accords. Sans conteste les pistoleros ont trouvé les quatre bons : les hymnes s'alignent ("Panik à Daytona Beach", "J'aime jouer avec le feu", "Condamné à brûler"…).
Côté guitares, l'association des deux malfaiteurs de la six-cordes provoque des étincelles : les riffs se combinent et explosent. Une efficacité très australienne… Les gratteux incorporent désormais des solos, taillés dans le vif, hyper mélodiques. Véritables chansons dans la chanson, ils enrichissent l'ensemble.

Ouanetoutrifor
En concert, fidèles à la tradition Ramones (encore eux !), le groupe enchaîne les morceaux jusqu'à l'essoufflement, le KO technique… A peine le temps d'hurler "1, 2, 3, 4" ou le titre de la suivante. Le tout avec l'accent car jamais les Sheriff ne tenteront de cacher leurs origines : les yankees n'ont qu'à bien se tenir. Mais ils n'exploiteront pas pour autant les clichés du genre (alors que le moindre rappeur se demande comment bien prononcer "Marseilleucong"). Témoignage de cette authenticité sudiste, le live Les deux doigts dans la prise, enregistré "dans un bar breton un vendredi 13" (sic). Cette phrase à elle seule résume la philosophie du groupe : simplicité, modestie, normalité. Ils sont proches de nous, mais aussi intouchables.

Poésie naïve

Intouchables parce que purs, touchants de naïveté et finalement, de grâce. La rencontre de ces guitares abrasives, brut de décoffrage et de ses textes légers, improbables de "normalité", parfois si crétins (toujours dans la veine des quatre New-yorkais cités plus haut) et à d'autres moments si émouvants. Poésie naïve, colères adolescentes, sentiments vrais, limpides. Olivier Tena, chanteur et parolier du groupe, raconte son quotidien, ancré dans la même réalité que celle de ses auditeurs.
A partir de Soleil de plomb, une certaine mélancolie s'installe, et le chanteur s'essaye à des métaphores plutôt réussies — une première chez les Sheriff ("C'est pour bientôt", "Génération atomique", "Marteaux piqueurs")
On s’étonnera de trouver de la beauté et de l’émotion dans un groupe alterno-punk français. Pourtant, croyez-moi, les Sheriff valent le détour, pour peu que l’on passe outre les clichés qui collent au genre. L’émotion n’est pas une propriété exclusive de quelque «artiste» intello.…


Discographie

Pan
Premier album. Le son est assez horrible et les paroles incompréhensibles. Tout le reste est déjà là. Avec le classique des classiques "Panik à Daytona Beach"

3, 2, 1, zéro
"Fanatik de télé", "Jouer avec le feu", le naïf et magnifique "Plus de bombes"... Meilleur son, paroles compréhensibles ! Ouf.

Le grand, le maigre, le petit et le gros
Très bon EP, avec "De toutes les couleurs" très poignantes même si stupide.

Du goudron et des plumes
Le style s'affine, un deuxième gratteux arrive, les choeurs sont plus riches.

Les deux doigts dans la prise
Pour ceux qui ne voient pas de différence entre le live et le studio... Un des lives les plus intenses que je connaisse... Une synthèse des premiers albums... une sorte de best of idéal de la première période.

Soleil de plomb
Très gros son pour cet album enregistré en Angleterre. Et des perles ("A la chaleur des missiles", "N'insiste pas", "C'est pour bientôt"

Allegro turbo
Clairement l'album de la maturité. Mélodies super, textes plus travaillés, super son, et de l'émotion... ("Génération atomique", "Marteaux-piqueurs", "Tant de temps"...)

Pagaille générale
Un petit live enregistré en 8 pistes (il en faut pas plus aux Sheriff pour casser la baraque). Une dizaine de titres seulement.

Electrochoc
La déception. Dernier disque du groupe qui a essayé de survivre au départ de Manu, batteur et compositeur unique. Electrochoc c'est pareil que d'habitude mais en pas bien. Un seul titre accrocheur... Je l'ai revendu pour ne pas entacher cette série magnifique.

Par Heavy REM
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Dimanche 12 mars 2006



Zabriskie Point - Paul
En gros, on peut subdiviser le punk rock des origines à nos jours en deux catégories essentielles : les revendicatifs et les crétins. Sachant que chez les crétins, c’est-à-dire ceux qui n’ont rien à dire on distingue les crétins insignifiants (Blink 182 et toute la pop punk en général) et les crétins drôles et pourtant émouvants (Ramones, McRackins, Shériffs…)
Du côté revendicatif on trouve toute une masse de groupes hardcore / punk dont le credo peut se résumer à "la guerre c’est pas bien, les riches sont des salauds, le système c’est de la merde, etc." Ce n’est pas forcément faux, mais vous avouerez qu’intellectuellement ce n’est pas très stimulant. Même les brillants Bad Religion entrent dans cette catégorie tout en maîtrisant deux ou trois mots de vocabulaire supplémentaires.
Mais au final, l’anglais nous épargne la compréhension immédiate d’un discours mièvre et sans grand intérêt pour peu que l’on ne soit ni sensible à la conscience punk ou à la bêtise potache. 
J’ai réussi à me procurer, Paul, le dernier album du groupe (il a cessé toute activité après un live et un DVD posthume). Précisons qu’il ne s’agit en aucun cas d’un groupe majeur, ou fondateur. Je vous présente là un simple coup de cœur, une "rencontre" hasardeuse et miraculeuse, souhaitant bien entendu partager avec le plus grand nombre mon émotion à l’écoute de cet album.
Côté instrumental, on a affaire à un mélange de punk, de hardcore et de rock alternatif, français ou US, parfois légèrement teinté de rock sixties ("M. le contrôleur", "Mélodie"…) Mais si l’on perçoit ici ou là des sonorités familières, l’ensemble constitue un océan électrique au ressac binaire, attaquant de obstinément l’auditeur comme la mer ronge une falaise. On se laisse alors porter par ces vagues, distinguant au passage une habile interaction entre les deux guitares sans pour autant entrer dans un schéma guitare solo / guitare rythmique.
Soutenu par ce moteur implacable et sans dératé, François, le chanteur, fanfaronne et vocalise, tour à tour gouailleur ou dandy, sinueux, mélodique, drôle ou mordant. Car toute l’identité musicale des Zabriskie Point est là, dans cette voix et ces textes. ZP ne rentre dans aucune des catégories présentées au début : roi du contre-pied, le groupe jongle entre lutte des classes et cynisme ("L’avenir dure longtemps") mélangeant à loisir métaphore anarchiste et poésie ("M. le contrôleur"), remise en question et distance par rapport à la notion même de punk ("What is my punk, what is myself" »), texte antibourgeois et drôle ("L’art et le cochon") et réflexion sur les vieux amis ("Vieux frère"). François joue avec les mots, les formules, part en vrille à la limite du surréalisme, effectue des spirales mélodiques, flirte parfois avec la pop sans jamais pondre une pure pop song (par choix artistique je pense) et parle ironiquement de choses sérieuses…. Le genre à descendre des binouzes en citant du Nietszche. Une certaine classe punk rock.
Cette recherche du décalage, se retrouve également dans le graphisme de la pochette (et de toutes celles l’ayant précédée) : sobriété, épure… Autant de choses peu communes dans le genre pratiqué.
Tout est finalement une question d’angle. D’angle d’approche, voire d’attaque. Zabriskie Point a un regard sur le monde qui nous entoure et sur la manière de faire de la musique original et décalé. Modèle d’intégrité et de "punk attitude" (il est souvent cité par des groupes français comme un modèle), le groupe aime une certaine forme de "jusqu’au boutisme" sans pour autant oublier humour et remise en question permanente, parce que l'on peut vouloir briser les conventions tout en s'y sentant piégé.

Par Heavy REM
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Lundi 13 mars 2006

The McRackins n’est pas un groupe banal. Faut dire que le Bil (guitare / chant) et Fil sont deux oeufs échappés du poulailler avec l’aide de Tommy, le coq (Spot le chien le remplacera ensuite). Tenues de scène stupides (le groupe ne les porte plus maintenant).
Concept stupide. Paroles pour le plus souvent stupides également. En somme des héritiers rigolards des Ramones (en pire…).
Et je le prouve avec cet extrait d’interview sur le web :

Are you still influenced by The Ramones ?
BIL: Do bears shit in the woods?
Always have been always will !

Autre particularité du groupe : en 3 ans (de 1995 à 1997) il a sorti 6 albums, un live, 2 EP, des dizaines de singles (vinyles) et a participé à des dizaines de compil (la plupart de ces titres sont regroupés sur Oddities & eggcentricities Vol. 1). 
On peut ajouter l’album Comicbooks & bubblegum sorti en 1999 (en tapant cette chronique j’ai constaté que le nouveau site web du groupe est mis à jour avec un nouvel album en 2005, Bat out of shell… vous savez quoi m’offrir.. Ahahahah… en tout cas je me lance dans ma nouvelle quête : trouver ce disque).
Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce concept fumeux et cette prolifération de disques ? La réponse c’est Bil, un song-writer unique, fabriquant du tube à la chaîne (quand on entend la pauvreté de la pop radiophonique et que l’on sait que des mecs comme lui existent, on se demande…). Pour Bil McRackin, tout est chanson, il raconte sa vie, son quotidien… Son goût pour telle chaîne de fast food, la bière… Le groupe a un accident en tournée aux USA ? Hop le maxi Colorado van crash enregistré sur 8-pistes sort : guitare à droite, basse à gauche. Et l’article de journal qui raconte l’accident en pochette. Dernière chanson de l’album de I am the eggman ?  : "The end" avec ces paroles inoubliables "This is the end, the end of the album..." On passe parfois à la philosophie avec "What came first ?" (sous entendu la poule ou l’œuf ?), chanson de l’album éponyme, premier de la série… Bref humour crétin, romantisme de losers adolescents, culture bubble-gum…
Mais dans cet univers plastique, Bil Macrackin excelle dans l’art de trousser des pop songs à trois accords, immédiates, acidulées et légères, entraînantes et joyeuses, sans complexes, naïves et belles.
Côté son, c’est limite. Tout est cheap chez les McRackins. Question de moyen ou démarche artistique ? Les deux mon colonel. Une affirmation dans les notes de pochette de In on the yoke : "The McRackins exclusively use $75 Yamaha guitars and $50 fender basses because they want the best". J’adore. Cela n’empêche pas Bil de caser des grattes acoustiques, des claviers Bontempi (comme on dit au Finnvox), des solos chiadés ou des chœurs à tomber.
Les pochettes sont nulles pour la plupart, livrets réduits au strict minimum, graphisme horrible. Et cet ensemble bricolo (les McRackins ça ne tabasse pas du tout) donne un charme fou à ces disques, parce que la passion du refrain qui tue, du petit truc qui accroche, du gimmick ultime… est là. Parce qu’il est possible, même avec des guitares en plastique de faire de bonnes choses (certains groupes qui ont le son avant d’avoir même un riff devraient en prendre de la graine).
Côté live le groupe joue à l’économie : aucune fioriture, les titres sont envoyés "à la Ramones"… Ouanetoutrifor, zéro arrangement, que des accords barrés, pas de solos (quelques petits breaks mélodique, c'est tout).
Je pourrais parler des McRackins des heures et radoter autant qu’avec mes Ramones ou mes Shériffs adorés. Le genre de foramtion qui donne envie de monter son groupe parce que, comme dans tout disque punk, le message est clair : do it yourself… Même sans moyen et sans sortir du conservatoire on peut faire des trucs bien. Et même si on est moins bon que ces mecs là ça vaut le coup d’essayer.

Petite disco commentée :




What came first ?
Premier album. Assez moyen. Quelques titres excellents ("Bittergreen", "What came first ?"...) mais malheureusement ça ne tient pas la longueur.




S.T.U.P.I.D 
Une des deux pochettes réussies pour un contenu moyen. Des bons titres ("Crash, boom, bang", l’excellentissime "Saving grace"… et un peu de remplissage. Du même niveau que What came first ?




Planet of the eggs 
Le plus anecdotique. Pour les fans absolus et pour la reprise planquée (et hilarante) de "I was made for loving you" de Kiss.




In on the yoke ! (ou In on the yolk ! ... y a une erreur d’impression sur la pochette)
Là c’est parfait. C’est pop, enlevé et ça fait mouche : ouverture sur "Uh uh uh" (refrain plus con tu meurs, mais impossible de se l’enlever de la tête !), "Teenage Valentino", "Hangin ‘ on a star" (un poil mélancolique comme les punks savent si bien le faire), "Bubble punk", etc. A écouter comme on boit un demi-citron glacé.




Best friend
Un très bon EP. Les inédits sont vraiment bien et on a droit à quelques titres live provenant d'un reportage télé consacré au groupe (cette émission regroupant titres live et mini-interview est dispo sur Youtube*).




Back to the crack
Le chef d’œuvre, la "masterpiece" ! Quasiment que des tubes (18 titres...), des speederies, des mid-tempos, des ballades, le tout avec les arrangements cheaps mais très réussis de Bil. La super classe. "I tripped", "Enveloppe", "The heart", "Sad happy"…




Short & sweet 
Deux maxis (Colorado van crash et Mickey & mallory) rassemblés en un EP (8 titres). Enregistrement dans le garage pour un son correct mais riquiqui. Les chansons sont bonnes pour la plupart. 




Oddities & eggcentricities - Vol. 1
Une compil des titres parus en 45t et sur différentes compils de labels. On trouve à boire et à manger. Pour les fans.




I am the eggman (paru sous le nom Bil Mcrackin)
Ce disque est un album solo de Bil mais il n’y a aucune différence avec le reste de la production du groupe. Très réussi, du niveau de Back to the crack et de In on the yolk !
De grand moments : "Tears you cried", "Beverly hills 90210" (putain de refrain !!!!), “The end”...




Comicbooks & bubblegum
Le premier album “un peu bien produit”. J’étais tellement surpris par le son que j’avais été déçu au départ. En fait ce disque est vraiment réussi, mais me parait un peu plus subtil dans les mélodies et les arrangements. Et toujours du tube à la pelle : "She don’t wanna know", "Chasin’ my tail", "We like to make records", “Good girls don’t”, “Tattoo”....




Live in Madrid
Pas encore écouté...




Bat out of shell (2005)
Pas facile de dégotter cet album. Merci Amazon (mais il a fallu deux ans pour qu'il soit dispo via le marketplace…). Bat out of shell est la suite logique de Comic books & bubblegum. Un disque moins direct que les premières œuvres, plus subtil, où les chœurs ont le beau rôle. Quel travail de voix ! (sans l'aide d'Autotune comme le précise la pochette en ces temps de fraude musicale).
Les tempos ont perdu 20 points plaçant Bat out of shell davantage du côté des Beach Boys que des Ramones. Cela semble évident dès "Summer of life" (rien que le titre…).
Finie aussi la production ultra cheap des débuts : Bat out of shell sonne naturel et simple et évite le côté "boîte de conserve" (à part sur les rares claviers toujours très Bontempi). Côté paroles on reste dans le light avec surtout des amours déçues et quelques petites choses plus amusantes ("Rub & tug" ou "Eggstink").
Bat out of shell est un petit moment de légèreté et de fraîcheur dédié au seul culte de la chanson. Pop bien sûr.


* Au sujet des titres dispos sur Youtube, on ne peur qu'être déçu. Peu de choses, quelques extraits live ou des mauvaises chansons... Sinon vous avez la page MySpace ou le site officiel.

Par Heavy REM
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Mardi 14 mars 2006



Zabriskie Point - Des hommes nouveaux
Le rock - de nos jours - oublie trop souvent de faire appel à des pulsions adolescentes. Ce truc dans le ventre qui cogne quand un riff résonne sur un beat primal. Cette envie irrésistible de sauter partout et de tout casser. Parce que fondamentalement le monde et la vie sont merdiques, jamais à la hauteur de nos espoirs d'êtres humains. Et que la musique (rock en particulier) est un formidable exutoire pour la frustration quotidienne d'une condition lamentable de "civilisé embourgeoisé".
Z
abriskie Point nous fournit avec sa poignée de disques, du fuel, du carbure pour les survivants du ciel gris. La machine est  assurément  punk. Un punk mélodique et intrinsèquement rock, fait de guitares tranchantes, d'hymnes courts aux mélodies "faciles" (ah ah ah). Ici ou là on distingue un vieux relent de rock alternatif (même si au fil des albums le groupe s'est  un peu "sophistiqué"), une effluve américaine (Ramones bien entendu et hardcore mélodique). Et comme nous sommes en France, on sent le fantôme éthéré de Noir Désir planer (évident "Dans la ville").
La mécanique gronde, le moteur est surgonflé, ambiance "remonté à bloc". Et dans cette atmosphère électrique, François, le chanteur se balade. Moins maniéré que sur Paul, il impose une voix, un phrasé et une personnalité unique, passant d'un chant léger, sourire en coin, à des choses plus puissantes ou plus "nerveuses".
Si les Zabriskie Point dépassent de cent coudées la concurrence, c'est grâce à leur discours. Ce seul discours, cette seule attitude donne chair à sa musique, lui donne une dimension que toutes les guitares superposées et compressées de je ne sais quel néo-hurleur métallique ne saurait atteindre. La colère ironique, la révolte désabusée du groupe rend l'ensemble aussi violent qu'un crachat en plein visage, qu'un uppercut au foie.
En douze titres, les Zabriskie développent le fameux "no future" punk, à grandes phrases décalées, égocentriques, provocatrices, délirantes… On n'est pourtant pas dans la poésie ou la grande littérature… Tout ça reste rock, urbain, vocabulaire quotidien, parfois (volontairement) grossier mais jamais vulgaire.  Et parfois surréaliste ou hyper imagé. François joue avec les idées, politiques, "philosophiques" en se jouant des clichés, des conventions (y compris celles du punk !), faisant voler en éclats les idées toutes faites et le politiquement correct. La démarche est "extrême" ("Si c'est un homme", "Dans la ville") et d'une incroyable violence… Une violence que je trouve positive (loin des violences rap dont on débat dans la presse et en haut lieu ces jours ci), parce qu'elle pousse à la réflexion (en tout cas la mienne). La réflexion sur soi, ceux et ce qui nous entourent, sur la vie, le monde et notre rapport au monde. Et par-dessus tout sur les conventions dans lesquelles nous nous enfermons toujours trop, par lâcheté, par envie de ne pas s'emmerder à faire autrement, parce que, faire autrement, cela demande un certain effort ("et déjà nous ne savons plus ce que veut dire suer, sans cesse portés que nous sommes par des océans d'escalators").
Je retrouve là certaines de mes valeurs, mes aspirations, de mes contradictions, certains de mes rejets. Avec toujours cet humour acide, cocktail explosif de cynisme et de lucidité. Cette énergie de la pensée fusionnée à celle, primitive, d'un rock basique donne un mélange unique qui propulse cet album au-delà de ce que l'on attend d'un simple disque. "C'est la vie tel qu'on le soupire". Et arrivé à ce stade, je manque de mots. "Quand les faits n'ont plus rien à dire, tragique et silence, on devrait s'arrêter ici".

Par Heavy REM
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Samedi 8 avril 2006

NOFX

Never trust a hippie

 

Pas de grande surprise à l'écoute de Never trust a hippy, c'est du NOFX. "Seeing, double at triple rock" est une tuerie speedé, assez "metal" dans son riff. Ce genre de thème est toujours surprenant chez NOFX, Fat Mike ayant affirmé à plusieurs reprises qu'il détestait le heavy metal.

"Marxist brothers" est un mid-tempo vaguement reggae avec une rythmique appuyée du genre "Scavenger type" sur Punk in drublic… "Golden boys" est une reprise des Germs (le premier groupe de Pat Smear, l'autre guitariste de Nirvana). Efficace (je n'en dis pas plus, je ne connais pas l'original). "You're wrong" est une folk-song guitare / voix qui figurait sur un des 45 tours sortis l'année dernière. Très réussie et très engagée. "Everything moderation (especially moderation)" revient en territoire connu, punk rock speedé, 1'23 au compteur, un texte marrant. "I'm going to hell for this one" est également "typique" (plan de basse bouclé comme Fat Mike s'amuse à en faire depuis The decline), bonne ambiance, texte très amusant sur Jesus de retour réclamant ses royalties.

Pas de quoi crier au génie avec ce EP qui sert à patienter en attendant l'album. Pas de quoi s'inquiéter non plus, Franco-unamerican, le maxi qui précédait la sortie de War on errorism ne pulvérisait pas tout sur son passage. Mais rien que pour "Seeing double…" et "You're wrong" ça vaut le coup.

Sortie de Wolves in wolves clothing le 18 avril. Et voilà la pochette nulle du prochain disque…

 

Par Heavy REM
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Samedi 15 avril 2006



Poésie urbaine
Les Ramones sont grands. Grands et purs. Incorruptibles. Inébranlables. Inoxydables (ahaha). Je parle de cette pureté rock, à la hauteur des mythes électriques fantasmés par les fans… Des types droits dans leurs converses, aussi stoïques que des capitaines de flibuste par temps de naufrage. Des héros modernes, arc-boutés sur leurs guitares, défendant l'idéal crétin d'adolescents attardés, cramponnés à leurs disques et leurs BD, leurs séries télé et leurs préoccupations boutonneuses (les filles, la fiesta et les voitures).
Les Ramones c'est l'histoire du Bon (Joey), de la Brute (Johnny), du truand (Dee Dee) et du mec à peu près normal (Tommy, le seul de la bande qui soit encore à vivant à l'heure où je tape ces lignes 14/04/2006 à 22h14). Quatre sales gosses du Queens. Des traîne-savates bons à rien : le grand dadais de Joey dont tous les profs pensaient qu'il était attardé, la petite frappe de Johnny, voyou violent et conservateur, Dee Dee (Doug de son vrai prénom) le junkie à faire peur Keith Richards et Tommy le visionnaire. C'est lui qui, en sous main, pousse la bande à former un groupe de rock, se réservant le rôle de conseiller / manager jusqu'au jour où, faute de batteur, il prend les baguettes.
On est au début des années 70 et les charts sont trustés par les dinosaures : Led Zep, Emerson Lake & Palmer… autant de formations où les solos à rallonge et les poses horripilent Johnny la teigne et sa bande. Les Ramones sont fans de pop et de rock made in sixties (Buddy Holly et consort). Et des Stooges aussi. Et des New-York Dolls. Autant de groupe dont la compétence est loin d'égaler celle des "patrons" du moment.
Les Ramones se forment et les rôles se distribuent. Dans le local de répète chacun apprend à jouer. A l'économie. Accords de base, la basse suit la guitare, la batterie en fait le moins possible avec tout de même un charleston à la croche. Premières chansons. "Blitzkrieg pop", "Judy is a punk", "Beat on the brat"… Les titres claquent. Dee Dee semble être le plus inspiré puisqu'il signera les plus grands tubes du groupe. Mais les autres ne sont pas en reste, Tommy est à l'origine de "Blitzkrieg pop" tout de même ! Et tout comme certains cinéastes ont créé il y a quelques années un dogme minimaliste, Johnny édicte des règles, plus ou moins formelles. Les tablettes de la loi du gang new-yorkais. Même nom (Ramone, un hommage au pseudo utilisé par McCartney), même uniforme (perfecto, jeans, baskets), même coupe au bol (comme les Beatles première époque), pas de solo, que des accords plaqués, pas de regards entre les musiciens en concert, pas de temps mort entre les morceaux. Johnny drive le groupe d'une main de fer, secondé par Tommy, producteur ou co-producteur de plusieurs disques.
En 1976, premier album sans titre. Quatre racailles en jeans déchirés et cuirs râpés regardent le photographe l'air mauvais, adossés à un mur de briques cradingue. La légende punk est en marche. Le disque crache une basse minimale à gauche, un guitare clodo à droite. 14 titres. Déclaration de guerre je-m'en-foutiste et absolue, crachat acidulé à la face de la scène rock perdue dans ses méandres progressives. Les Ramones rappellent les règles : one, two, three, four, on balance la purée à toute berzingue et on passe au titre suivant. Mais on n'oublie pas d'écrire de bonnes chansons, aussi courtes soient-elles (2 minutes en moyenne). Et on essaye de s'arranger pour que toutes les chansons soient aussi bonnes les unes que les autres (all killers, no fillers : une notion oubliée depuis longtemps).
Les Ramones pondent des tubes comme d'autre prennent la pose. Mais pas de ces "tubes" en plastique, pré-chiés par des directeurs de marketing qui confondent basse et guitare. Naaaan… On parle de vraies chansons. Seul ce song-writing impeccable et la voix sucrée de Joey  permettent à l'auditeur de supporter ce minimalisme. Et de fait, ce même minimalisme vient magnifier l'expérience. Les Ramones foncent droit dans le mur, mais, avec panache.
On est là dans la recherche de l'épure. Que pourrait-on retirer à ces titres ? Rien. Les Ramones balancent la quintessence des chansons, sans aucun arrangement ou presque, ne conservant que l'essence, l'essentiel, le substantifique. Et ce presque rien devient grand. Gigantesque. Parfait. Le quatuor réinvente le rock'n'roll des pionniers (celui de Chuck Berry) façon chaise électrique : neurones grillés, spasmes incontrôlés.
Mais le groupe loupera le coche du punk. Pillé par les Pistols et les Clash, il ne récoltera jamais les fruits de son travail et restera relativement culte dans son propre pays. Pourtant les Ramones disposent d'une discographie de grande qualité. Les quatre premiers albums du groupe sont nickels de bout en bout. Après le premier effort, le groupe enchaîne avec Leave home et Rocket to Russia. La production de ces deux là est plus travaillée et quelques arrangements font leur apparition. La première période du groupe s'achève avec le brillantissime It's alive, un des plus grands albums enregistrés en public de tous les temps. Les Ramones y éjaculent 28 chansons à vitesse supersonique (pour l'époque, ils les joueront deux fois plus vite à la fin de leur carrière), boulonnant les titres à la chaîne. A peine le temps de respirer pour Joey et de laisser Dee Dee brailler un "ouanetoutrifor" que c'est reparti. Parfois la batterie ne s'arrête même pas entre deux morceaux. Et Johnny embraye sur une autre rythmique obstinée.
Par sa simplicité, son côté immédiat, sa naïveté urbaine, la musique des Ramones est devenue intemporelle, épure rock'n'roll dans un ciel électrique, ces types ont donné aux fans de rock ce que la plupart des groupes ne sont pas parvenus à atteindre : une légende. Un style et un répertoire inattaquable.
Dans les faits, la légende cache bien des choses, parfois sordides, souvent terribles, mais les Ramones, visionnaires et esthètes rock ont donné le change jusqu'au bout. La suite au prochain épisode.

NB  : dans les faits l'album Road to ruin est sorti en 1978, avant le live sorti en 79. Mais It's alive a été enregistré avant Road to ruin, le répertoire est celui des trois premiers albums et c'est Tommy à la batterie. Il s'agit de sa dernière apparition derrière les fûts et il sera remplacé par Marky à partir de Road to ruin. Il me semblait donc plus logique de considérer It's alive comme faisant partie de la première période du groupe.

 

 

Par Heavy REM
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Mercredi 26 avril 2006



Les galériens du bitume
Trois albums exemplaires et radicaux, un live entré dans la légende, un répertoire irréprochable, que restait-il à faire aux Ramones ? Un changement de personnel bien entendu. C’est chose faite : Tommy quitte le navire. Probablement la lassitude des tournées interminables et d’un rythme de vie… heu… soutenu. Il ne lâche pas vraiment le groupe puisqu’on le retrouvera aux manettes de plusieurs albums à venir. Road to ruin par exemple. Une pochette "comics" pour un album un poil plus en demi teinte que les précédents. L’ensemble reste tout de même de bonne qualité. "Don’t come close",  "I just want to have something to do", "I wanna be sedated", "Questioningly", "She's the one"…
La recette ne change pas d'un iota. Johnny ramone, adoucissant son attaque sur les titres les plus pop ("Don't come close", "Questioningly"), barrant toujours son manche avec force quand le discours se fait plus punk ("I'm against it"). A noter la reprise du "Needles & pins" de Sonny & Cher dont on aurait pu se passer.
Malgré l'accessibilité évidente de la musique des Ramones, comparée à celle des autres punks, le groupe ne décroche aucun gros "hit". Ce manque de succès (relatif) le maintient dans une sorte d'éternelle seconde division, lui, le porte flambeau, l'initiateur de ce mouvement qui ravage la planète. Frustré par la situation (le groupe est conscient d'écrire de grandes chansons populaires) il décide de mettre le paquet.
Idée du siècle : faire appel à Phil Spector, le grand gourou du son sixties / seventies, le pape de la superposition de pistes, le producteur excentrique aux doigts d'or. Fausse bonne idée. Spector dégueulasse End of the century, qui serait un foutu bon album sans cet emballage sucré, cet enrobage glucose qui détruit le son du groupe. Les sessions s'éternisent, Dee Dee et Johnny déclarent s'être barré du studio (Dee Dee dans son livre se demande qui joue de la basse sur l'album !) Et le fidèle Tommy n'est pas là pour rattraper le coup, Spector ne pouvant se compromettre à laisser un jeune punk lui conseiller quel putain de bouton tourner pour que le groupe sonne bien. 
Malgré tous ces défauts et une pochette genre "visite à mongolito-land", ce disque est plus réussi qu'on ne le pense. Sous la prod gerbée de ce grand dégénéré de Spector, se cachent de bonnes chansons. Tout simplement."Do you remember rock'n'roll radio ?", le speedé "This ain't Havana" (rien que pour "ba-ba-banana / this ain't Havana", rime riche s'il en est)… Et puis il y a "I can't make it on time" parfaitement pop et vaguement surf, et "Rock'n'roll highschool" très sixties. Sans oublier "All the way", nerveux à souhait, résumant la vie dans le groupe (probablement écrite par le maniaco-dépressif Dee Dee : "The van is make me crazy / It's just like being in the navy […] But I just wanna have some fun / Before they throw me in the sanitarium".
Seuls "High risk insurance" (dont le couplet est très proche du futur "Don't bust my chops"), "Let's go" et "Chinese rock" sont en dessous. Et le titre de Spector, "Baby, I love you" crime contre le bon goût et l'arrangement de qualité : cette chanson est non seulement une merde, mais les arrangements en accentuent la nullité crasse. Spector : à mort.
Avec un bon disque mal enregistré par une icône du rock, les Ramones ne décrochent toujours pas le gros lot. Johnny pense alors que c'est foutu. Que jamais ils ne dépasseront leur niveau. Que seules la route et la sueur les "récompenseront" de leurs efforts.
Johnny ne doit pas être le seul à sentir le truc venir.  Dans "We want the airwaves" (le titre d'ouverture de Pleasant dreams, le  disque suivant, on lit : "9 to 5, 5 to 9 ain't gonna take it / It's our time / We want the world / And we want it now […] / We want the airwaves […] Mr Programmer / I got my hammer / And I'm gonna smash my radio". Le titre, mélancolique à souhait, exprime parfaitement la pensée du groupe. Les petits gars de Forest Hills sont toujours à la recherche d'une reconnaissance qui malheureusement n'arrivera que trop tard (nous en reparlerons), et s'acharnent à pondre de bons disques en se disant : "mais comment se fait il que le grand public ne nous trouve pas géniaux ?"
Tout cela n'arrange en rien l'ambiance dans le groupe. Joey se fait rafler sa copine par Johnny qui épouse cette dernière. Et ça donne "The KKK took my baby away" dans la bouche de Joey.
Pour la première fois sur Pleasant dreams, chaque chanson est créditée à son auteur. On savait Dee Dee à l'origine de pas mal de titres du groupe, largement épaulé par Joey. Johnny "manage" le gang sans écrire une note. Marky frappe sur ses fûts, et c'est déjà pas mal.
Pleasant Dreams ne fait pas partie des disques réputés des Ramones (aucun disque des Ramones post Road to ruin ne semble réputé d'ailleurs), mais il est très réussi. On retrouve le son habituel, Spector n'étant évidemment plus de la partie. Nouveauté sympathique les chœurs et harmonies vocales se font plus nombreux, souvent en finesse. Le fait est que l'album peut sembler moyen parce qu'il ne réserve aucune vraie surprise (à part la deuxième moitié de "Sitting in my room", poignante). Mais cela ne signifie pas baisse de qualité, bien au contraire. Les 12 titres sont réussis, et même plutôt chiadés. Pas vraiment de faiblesse sur ce disque avec toujours un habile mélange de punk rock ("The KKK tool my baby away"), de pop ("We want the airwaves") de bluette sixties ("7-11") et de rock-surf ("She's a sensation"….) Peut être le meilleur de la période. Banalement "tubesque" dirons-nous.
Le premier mauvais disque du groupe reste Subterranean jungle. Les Ramones semblent à bout de souffle : 12 titres dont trois reprises. Même Johnny est crédité (sur "Psycho Therapy"), c'est dire le manque d'inspiration. Passées les deux covers qui ouvrent l'album, plutôt réussies, que reste-t-il ? Pas grand-chose : "In the park", le punk rock "Time bomb" chantée par Dee Dee et… Et c'est tout.
En outre, le son de batterie est horrible, typé 80ies à mort. Marky sonne comme le premier batteur de new-wave venu. Décevant (pour les fans, la seule présence de "In the park" suffit tout de même à justifier l'achat). La suite ici…

Par Heavy REM
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Samedi 29 avril 2006



Les heures sombres
Après le misérable Subterranean jungle, les Ramones entrent dans une sombre période. En interne les quatre en sont venus à se détester cordialement. Stakhanovistes rock ils continuent tout de même, sans relâche, convaincus de ne savoir faire que ça. Par habitude.
Too tough too die. Trop dur pour mourir. Et dur les Ramones le sont sur ce disque : "Endless vacation" et "Wart hog", gueuleries hardcore assurées par un Dee Dee apoplectique. Le reste n'est pas plus guilleret : "Too tough to die", "Mama's boys", "I'm not afraid to die"… Pas terrible. Johnny est à nouveau crédité et comme d'habitude c'est un assez bon critère d'évaluation des compos. 
Pourtant au milieu de ce déluge de décibels et de colère, trois chansons rendent ce disque totalement indispensable : "Chasing the night", "Howling at the moon (sha-la-la)" et "Daytime dilemna (dangers of love)". Trois joyaux pop, agrémentés de claviers (si si) typiquement 80ies. Trois merveilles enjouées et légères. qui feraient oublier à n'importe quel ouvrier sa journée pourrie sur une chaîne de montage,  "Howling at the moon" reste une des meilleures chansons des Ramones et le petit côté électronique suranné maintenant ne fait qu'ajouter à son charme. Trois accords et le bon Joey qui décolle, de sa voix de crooner pop punk. Et la vie vaut la peine d'être vécue : "I'm howling at the moon, I took the law and threw it away, 'Cause there's nothing wrong, It's just for play, I want to steal from the rich and give to the poor, Sha-la-la…).
Faisons une parenthèse sur Joey et sa voix. Techniquement ultra limité, il parvient à non seulement faire vivre des textes improbables, mais également à varier son timbre : gueulant, croonant, acidulant des chansons. A tel point que sa présence vocale en devient exceptionnelle. Quand il cède le micro à Dee Dee on "entend le manque" immédiatement. Comme le groupe dans son ensemble, Joey est largement sous estimé. Mais c'est la règle : le monde entier les prend pour des zéros. Fuck le monde.
Too tough too die proposait les titres les plus violents de la carrière du groupe. Animal Boy lève un peu le pied mais s'avère comparable à son prédécesseur. Le son général est plus rugueux et se marie curieusement avec les mêmes claviers. Richie, batteur discret écrit ici un des classiques du groupe : "Somebody put something in my drink", placé en ouverture du disque. Quelques titres sont vraiment sympas comme "Love kills" ou "Mental hell". D'autres plutôt médiocres : "Apeman", "Animal boy", "Freak of nature", "Eat that rat" (dont le couplet est quasiment le même que le futur "Learn to listen") et "Hair of the dog". La bluette de Joey est de retour avec "She belongs to me". Mais comme sur Too tough to die, trois pépites pop nous attendent au tournant : "Creamy stuff", joyeuseté pop dégoulinante de choeurs et d'un refrain bouclé. Et surtout "My brain is hanging upside down (Bonzo goes to Bitburg)". Rythmique locomotive, synthé / xylophone, choeurs en nappes... et une mélodie imparable. La perfection à nouveau. La dernière chanson de Animal boy reprend les mêmes ingrédients et s'avère tout aussi réussie : "Something to believe in" clôt ce disque bâtard avec une touchante naïveté.
A mi chemin de la folie… Promesse tenue par Halfway to sanity, noir, désespéré et suicidaire. La mort rôde sur ce disque :  l'envie d'en finir ("I wanna live"), peur de l'auto-destruction ("Death of me"), histoire de cimetière ("Garden of serenity"), la solitude ("Weasel face")…
Musicalement, les Ramones ont alourdi le discours, flirtant avec le metal. Des choeurs venus de l'au-delà ornementent l'inquiétant "Garden of serenity". Joey s'arrache la gorge sur "Weasel face" et "I'm not Jesus" (encore un titre primesautier), tandis que Dee Dee épileptise "I lost my mind".
Seul "Go 'lil Camaro" et "A real cool time" allègent Halfway to sanity. A coup sûr le disque le plus noir des Ramones, le plus inhabituel également. Probablement le reflet de l'atmosphère irrespirable qui règne dans ses rangs.
Départ de Richie et retour de Marky derrière les fûts pour Brain drain, prolongement naturel de Halfway to sanity en terme de son. Musicalement, on sent encore une tension électrique parcourir l'ensemble des chansons ("Zero zero UFO", "Learn to listen"…), même si on a tout de même droit à des choses plus positives ("I believe in miracles", "Can't get you outta my mind") et au retour de sonorités sixties. L'album est largement dominé par le tube "Pet semetary" (du niveau de "Bonzo goes to Bitburg" et "Howling at the moon"), chanson écrite pour la B.O. du film éponyme, tiré du livre de Stephen King (les Ramones étaient cités dans le livre à plusieurs reprises, le King étant fan). Tout au long de l'album Joey nous fait son numéro d'acrobate vocal, passant par tous les registres. Brain drain est un album plutôt réussi qui renoue avec une certaine tradition.
Cette série de disques inégaux, une première pour les Ramones, est l'avant dernière période du groupe. Albums tendus, violents, ces disques recèlent pourtant des pépites indispensables. Les heures sombres s'achèvent avec le départ de Dee Dee avant la tournée Brain drainLa suite ici.

Par Heavy REM
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Samedi 6 mai 2006

La dernière partie de la discographie des Ramones attendra. Le nouveau NOFX est dans le lecteur, et c'est avec une certaine émotion (et une dévotion quasi religieuse) que je l'écoute pour la première fois.

Chronique instantanée…

"60%" ouvre étrangement l'album. Intro jamais entendue chez NOFX. Déclaration d'intention, mise au point, Fat Mike explique la place du groupe dans sa vie et dans la notre avec une honnêteté exemplaire, le tout sur le hardcore mélo coutumier du groupe. Ouverture de disque inédite.

"USA-Holes". Les affaires reprennent. Énergie démultipliée, breaks, accélérations. Portrait d'une Amérique suicidaire et égocentrique : une chanson violente dans le fond, classique dans la forme avec de chouettes harmonies vocales et un riff super dynamique.

"Seeing double at the triple rock" s'ouvre sur un riff presque "metal". Le titre figurait déjà sur le EP. Excellente chanson d'ivrogne.

"We march to the beat of indifferent drum". Encore un titre de questionnement sur le comportement de l'Amérique. Sur le couplet cool Fat Mike s'amuse avec sa basse (il fait ce genre de trucs depuis l'extraordinaire EP The decline). L'accélération est toujours aussi fulgurante. L'ensemble est très poignant.

Décidément Mike est très remonté contre tout le monde. "Marxist brothers" ironise sur l'engagement de certains. Allant jusqu'à brocarder les gars de Propagandhi (qui eux même ne s'étaient pas gênés à la sortie de la compil anti-Bush édité par Fat Wreck Chords). Mid tempo tendu, rythmique vaguement reggae. Un ovni. 

"The man I killed". Intro folk speedé et déboulage en règle. Que c'est bon. Et toujours cette extrême conviction dans la voix et dans le jeu. Une chanson sur la peine de mort à la fois joyeuse (la musique) et désabusée (le texte). Pas une leçon de morale pour autant. Un excellent titre.

"Benny got blowed up". Un titre moyen. Une histoire de paumé auquel personne ne fait attention. 

"Leaving Jesusland". Un mid tempo pamphlétaire, anti-clérical. Très révolutionnaire. 

"Getting high on the down low". Riff rock'n'roll à mort, mid-tempo.  Les Kinks ne sont pas loin ("Girl I want to be with you" ?). Excellent solo de El Hefe : comme d'habitude ses interventions sont rares mais toujours réussies. Un titre vraiment "nouveau".

"Cool and unusual punishment". Une chanson assez surprenante évoquant le Japon (le groupe y est allé quelques mois avant l'enregistrement de l'album). Difficile de saisir le sens général du titre. J'imagine un mélange de délires et de private jokes. Très sympa en tout cas : le gimmick de guitare est assez "nouveau" là aussi.

"Wolves in wolves clothin'"… Intro blues, plan hendrixien, décidément ce disque est plein de surprise. Une speederie plus coutumière conclue la chanson. Politique mondiale encore.

La lecture des paroles de "Cantado en espanol" est marrante. Le titre est par contre plutôt triste, chanté par El Hefe. Et comme toujours quand le groupe déconne, il s'applique à ce que musicalement tout tienne la route.

"100 times fuckeder" suit la ligne "désabusée" qui semble être le fil conducteur de l'album. Riff très réussi qui sert de thème à la chanson. Le groupe joue de plus en plus de riffs en vieillissant j'ai l'impression. Le titre est triste et mélancolique, parlant des gens "toujours baisés, forcément baisés" parce qu'ils essayent de respecter des règles qu'ils sont les seuls à suivre. Très bon solo final de El Hefe. Mention spéciale également à Eric Melvin qui chante de plus en plus sur les albums, et ajoute une dimension dramatique aux morceaux.

"Instant crassic" est une love song pour le moins heu… originale… très courte… plutôt drôle… A écouter.

"You will lose faith". Le plan de guitare après le refrain est réussi mais l'ensemble reste moyen.

"One celled creature". A nouveau le groupe nous surprend, avec ce titre lourd et lent, déclamatoire, tout en colère et désespoir.

"Doornails", une touchante ballade acoustique, un hommage à des potes du groupe.

La reprise de "60 %" conclut le disque en bras d'honneur à tous les détracteurs de NOFX.

Un bonus track génial se cache en 19ème piste : il s'agit d'un collage de toutes les démos enregistrée par Fat Mike pour les morceaux de l'album. On entend donc le patron de NOFX jouer de la guitare acoustique, se planter, reprendre, chantonner en yahourt, etc. Terrible.

Pour conclure cette rapide chronique de première écoute : Pas mal d'étonnement aussi concernant plein de petits arrangements ou de passages véritablement inédits chez le groupe, même si le son global et l'approche reste typique. Et une furieuse envie, repasser le disque. 

On en reparle dans 420 écoutes :)  

Par Heavy REM
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