Diskronik Hard Rock / Metal

Mercredi 1 mars 2006



Iron Maiden - Live after death (1985)
J'ai reçu le double CD en début de semaine. Tout le monde connaît ce disque par cœur et je ne vois pas trop l'intérêt d'en faire une véritable chronique (on parle assez de Maiden ici non ?). Pourtant l'émotion toute particulière que j'ai eu lorsque j'ai tenu le Live after death dans les mains m'a renvoyé vingt ans en arrière.
A l'époque, adolescent crétin, je venais de découvrir le hard rock. Ce live sortait en même temps que le World Wide Live d'un autre géant du hard (Scorpions). Le dos de ma veste en jeans s'ornait d'un Eddie sortant de sa tombe (pour la première fois et pour le meilleur, sa deuxième expérience en la matière ayant donné le pire). Des clous sur les épaules et au poignet, vingt kilos de badges et mon fidèle patch Manowar sur le cœur), j'arpentais les quelques disquaires de Perpignan (et tous les supermarchés) à la recherche de précieux disques ou de précieuses cassettes, me demandant toujours comment ces albums extra-terrestres parvenaient à se frayer un chemin jusqu'à notre trou intergalactique.
En ce temps là, les hard rockers étaient perçus à peu près comme les rappers actuellement : on les repérait à 100 lieues et on les assimilait à des voyous. Le hard faisait peur et défrayait la chronique : Ozzy pissait sur les ruines du Fort Alamo, Motörhead était le groupe qui jouait le plus fort au monde, Scorpions (tout comme Metallica bien des années plus tard) séduisait les foules avec des ballades en single mais vrillaient les tympans de l'impudent se fendant de l'achat de l'album avec les hyper violents "Dynamite", "Blackout"…
Bref, le hard rock (tout comme le rap en fait) malgré ses ventes colossales dans le monde faisait chier dans leur froc les bien pensants.
Dans les bacs on distinguait entre les disques de Prince, U2, Cure ou Simple Minds les monstres déterrés de Maiden, les pochettes quasi pornos de Scorpions…
J'ai du palper ce double album (2 disques mais t'as vu le prix ?!!) des dizaines de fois. Et des dizaines de fois je me suis dit : trop cher. Au moins 80 ou 90 francs à l'époque pour un double album (entre 12 et 14 euros petit con !) Et je reluquais encore et encore cette pochette bleue et jaune. Cet Eddie brisant ses chaînes (si c'est pas un symbole adolescent ça…), frappé par un étrange rayon en plein milieu du front (oui oui, c'est à l'endroit où une petite attache maintient son crâne décalotté sur Piece of mind) et jaillissant de sa tombe. Eddie… le premier hardos en fait : cheveux éclatés, jeans serrés, t-shirt, sourire carnassier, encore un "modèle" génial non ? (mon Eddie préféré est celui de Killers… je l'ai racheté aussi). En tout cas ce truc foutait les chocottes et les "adultes" pensaient vraiment que vous ne pouviez qu'être qu'un gros crétin adolescent pour acheter des disques avec des horreurs pareilles sur ces pochettes (sans parler des beuglements et des bruits de tronçonneuses enregistrés dessus… et pis t'as vu leurs coupes de cheveux ?)
Faut bien le dire, Eddie à lui seul était une sorte de porte étendard du "mauvais goût heavy metal" (ce mauvais goût kitsch dont les connards de Rock & folk continuent de se moquer, engoncés dans leurs tiagues en croco et dans leur fanatisme stonien de merde). Le hard rock choquait. Le hard rock VOULAIT choquer. Pochettes "horribles", monstres, paroles fantastiques, look de super héros, noms destroys (la vierge de fer, le sabbat noir, le prêtre de Judas, venin, tueur…) etc. Tout était fait pour déranger le bourgeois.
On peut mettre tout ça sur le compte de la révolte adolescente. Et ce serait fondé, en partie, c'est évident. Mais j'aime à croire qu'il n'y a pas que cela. J'ai le souvenir (peut-être déformé) d'une véritable attitude chez tous ces groupes : cette attitude, cette sincérité débile d'être "plus fort, plus bruyant, plus rock" que n'importe qui. Les groupe les plus violents s'appelaient Venom, Metallica ou Morsüre mais Maiden était encore VIOLENT, agressif, "méchant". Cela peut paraître incroyable de nos jours mais c'est pourtant la vérité. Vous passiez "The trooper" à un non initié et il vous regardait les yeux fous en vous disant "Mais comment tu peux écouter ça ? Putain mais c'est du bruit !". J'ai le souvenir d'avoir passé l'album Theater of pain de Mötley Crüe dans une soirée et une petite blonde a hurlé l'air atterré : "Mais ils improvisent les mecs là ou quoi ?" (espérons que cette jeune femme ne tombera jamais sur un disque de Gronibard…).
Un mec du Figaro avait chroniqué un concert de Judas Priest me semble-t-il en décrivant la chose comme un rassemblement de secte avec une foule répondant aux moindres sollicitations de son gourou (si cette petite fiente de gratte papier avait su à l'époque "qu'en plus" Halford était homo il s'en serait étouffé dans son Havane).
Mais je m'égare. Revenons au Live after death.
Tous les hard rockers que je connaissais pratiquaient le jeu de rôles (JDR), activité sulfureuse s'il en est (on est en 1985 et des magazines comme Ça m'intéresse publiaient des dossiers alarmistes sur le sujet). La combo hard rock + JDR faisait de vous un futur déchet de la société, une sorte de brebis galeuse à l'avenir bouché ("déjà qu'il écoute du bruit, en plus il fait des jeux diaboliques le samedi avec ses potes, moi je te dis qu'il manque plus qu'il se drogue"…). Pourquoi je vous raconte ça ? Ben parce que quand on fait du JDR en 1985 on découvre à la fois un nouveau jeu ("Call of Cthulhu") et l'écrivain qui a inspiré ce jeu : HP Lovecraft. Et qu'est-ce qu'on voit tout ébaubi sur la pochette du Live after death ? Bah oui, une citation de Lovecraft. Et pour nous, au fin fond du trou du cul du monde, quand on reluque cette pochette en transpirant sous son cuir, en comptant les pièces dans sa poche pour savoir si enfin on a les 90 balles pour acheter ce foutu double disque (quelle idée de faire des disques aussi chers) ou s'il va falloir demander une rallonge de l'argent de poche à sa mère (qui, quand elle va voir la pochette du disque, la refusera immédiatement)… ben on se sent tout d'un coup connécté. Connecté au monde. Connecté à la confrérie, aux "brothers of metal". On se dit "putain on lit les mêmes livres". On se dit "putain ce Harris, déjà que c'est le meilleur bassiste du monde (non seulement on a découvert la différence entre une basse et une guitare la veille mais en plus on est très con à cet âge) il connaît aussi des super trucs comme Lovecraft…)
Voilà. Le Live after death c'est tout ça. Je l'ai reçu au bureau et je l'ai déballé à la pause, mais j'ai été dérangé et je l'ai balancé sur un tas de paperasse. Ce n'est que le soir que je l'ai vraiment "tenu" dans mes mains.
Et je me suis dit que j'avais attendu 20 ans pour enfin le posséder. Etrange non ? Commandé à 9 euros sur Amazon. Ça m'a fait drôle. Et tout ça est remonté à la surface. Je ne sais pas si c'est intéressant, mais c'est une petite partie de l'histoire de cette musique que j'avais envie de vous raconter. Dont acte.
Ah oui, au fait, je l'ai écouté.
Il est pas mal cet album.

Par Heavy REM
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Jeudi 2 mars 2006



Helloween -  Keepers of the seven keys – Part I
Bon j'avoue, j'étais passé à côté du Walls of Jericho. La presse ne s'en était pas faite l'écho de manière dithyrambique et Helloween n'était pas "the next big thing". Pas de grosse excitation autour du groupe. Ce qui avec le recul est assez étonnant, parce que finalement il tranchait pas mal dans la masse. Faut dire aussi qu'en 1985 Helloween faisait partie de la scène "extrême" (relisez ça calmement et arrêtez de rire). Je m'explique. Regardons du côté des USA : Kill'em all de Metallica, Show no mercy de Slayer (1983), Fistful of metal d'Anthrax (1984), Bonded by blood d'Exodus (1985)... En Europe Venom était l'un des groupes les plus violents depuis 1981, Destruction sortait son premier album Infernal overkill en 1985, tout comme Kreator avec Endless pain… Bref la première vague thrash arrivait. Sauf que le mot "thrash" ne désignait pas encore tout ça. On se contentait du terme speed metal (les premiers "thrash" sont apparus peu de temps après dans la presse, souvent mal orthographiés d'ailleurs, tant l'information était récente). Tout ça pour dire que Helloween était classé speed metal, tout comme ses congénères puisqu'il jouait sacrément vite. En outre il faisait partie de l'écurie Noise, ce qui tout de suite cataloguait un groupe genre "gros bourrin".
J'ai découvert le Keeper dans Enfer Magazine. J'ai encore l'article, mais plus le magazine, juste les pages de chroniques. A ce moment là, la presse metal proposait seulement deux titres (on a atteint les 4 ou 5 publications à moment donné quand même !) : Hard Rock Magazine d'un côté et Enfer de l'autre. Un troisième, Metal Attack venait de disparaître quand j'ai commencé à m'intéresser à la presse spécialisée donc je ne l'ai jamais connu (je ne me souviens même pas en avoir vu un seul exemplaire par la suite dans des magasins d'occase). Lire des magazines était indispensable pour savoir des choses. Internet n'existait pas, et seul le bouche à oreille et la presse pouvaient vous permettre "d'avancer". J'ai rapidement acheté tout ce qui sortait dans les kiosques (ce qui fait que j'ai toujours quelque chose à lire dans mes chiottes et ce, pour les 20 prochaines années, puisque j'ai quasiment tout gardé).
Quand on demandait à un hard rocker quel était le meilleur mag ou quel était celui qu'il fallait acheter, la réponse était invariablement la même : "si tu veux des super photos, prends HRM, Pour les articles, c'est Enfer qu'il faut. Mais la présentation est naze". Et c'était vrai. HRM était rempli de vide mais proposait des photos de Georges Amman notamment, un photographe fan de Lemmy (il portait les mêmes rouflaquettes). Chez Enfer par contre, chaque groupe photographié semblait sortir du photomaton et évoquait une famille de lapins prise dans la lumière de phares de bagnole. La moitié du mensuel était en noir et blanc, et toutes les pages, mal agrafées se barraient après deux lectures… Mais encore une fois je m'égare (du nord) et j'oublie de vous parler du Keeper.
Enfer était connu pour sa dureté et son intransigeance avec les combos de speed, notamment grâce à une rubrique "Et pourtant ils tournent" où les chroniqueurs descendaient en quelques lignes les groupes qu'ils trouvaient à chier. C'était cruel et drôle. Autant dire que les trucs médiocres faisaient pas long feu dans les colonnes d'Enfer. Et comme tout magazine, il avait ses spécialistes "groupe bruyant" : Mad Scott et Philippe Ducayron (si je ne m'abuse…)
Et surprise, dans ce numéro là, la chronique du Keeper n'était pas rédigée par l'un d'entre eux mais par Jee Jacquet (oui celle là même qui officie actuellement chez Rock Hard), la spécialiste "groupe de tatas": hard FM et US donc. Premier choc. Et voilà la dame de nous décrire les circonvolutions mélodiques des allemands, de la richesse de ceci et de la finesse de cela. C'était à n'y rien comprendre. Comment un groupe de tâcherons speed pouvait produire de la mélodie ? Nan pas possible. Elle est folle. Elle a disjoncté. C'était du jamais vu, du jamais entendu, de l'inconcevable.
Comme quoi, on était vraiment très con à l'époque, puisqu'un an plus tôt, Metallica avait déjà déchaîné les foules en sortant "Fade to black" ("wah les vendus ils ont fait une ballade, les traîtres"…). Mais le hard rocker a les cheveux longs et la mémoire courte. Et en 1985 il s'étonne et se scandalise pour cette subite intrusion mélodique dans le monde du riff velu et hargneux.
Un pote a acheté le Keeper avant moi (donc je l'ai copié sur une K7 évidemment). Et j'ai eu le 257ème choc de ma vie. Parenthèse: chaque nouveau groupe découvert était "le choc de ma vie" en ce temps là. Ça m'amuse assez de constater que l'on me voit comme un mec qui n'aime rien alors que j'ai du passer 10 ans à tout aimer et à accumuler des albums d'une médiocrité improbable parce que "ouais quand même le troisième riff de la quatrième chanson de la face B ben il est quand même vachement super alors cet album vaut vraiment le coup".
Mais revenons au choc : Helloween était la synthèse parfaite de Maiden (pour le côté "prog" et les twin guitars), Judas (une grosse influence de Hansen et Weikath), Metallica (pour les tempos) et Queensrÿche (un groupe hyper référentiel à cette époque, comme je l'avais expliqué dans une chro de Rage for order). Et effectivement, et aussi incroyable que cela puisse paraître, c'était un groupe de speed, mais, mélodique.
Je n'en suis pas revenu. J'ai du écouter cette K7 un trilliard de fois (sur l'autre face j'avais un album de Fastway… on ne change pas hein ?). J'adorais tout. Toutes les chansons étaient géniales. J''étais enivré par la vitesse et ces mélodies lumineuses qui vous amenaient si haut, si loin (l'intro et le refrain de "Twilight of the Gods" par exemple).
Et puis il y avait ce son. Je ne parle pas de la production qui était très loin du travail de mecs comme Michael Wagner par exemple célèbre pour le son énorme qu'il avait donné à Dokken et consorts, ou des prods de Dieter Dierks (Scorpions et Accept…). Le son de Helloween était rêche, rugueux en rythmique, chose que l'on ne retrouve plus dans les trucs de speed actuels (sauf chez… Gamma Ray). Par contre en solo tout était "lisse", "doux" notamment dans les parties de guitares harmonisées. A tel point que je pensais au départ qu'il s'agissait d'un clavier. On était habitué aux plans à la tierce avec Maiden mais, les mélodies des anglais dans ce genre de configuration étaient très différentes et n'étaient jamais jouées aussi vite. Ces notes "dégoulinantes" accentuaient le bouillonnement de la musique de Helloween. Cet aspect est clairement resté chez Gamma Ray et c'est ce que n'arrive à reproduire aucun groupe de speed mélo actuel. Je n'ai jamais clairement identifié d'où venait cette sensation qu'il se passait toujours un truc dans la chanson, ce sentiment d'urgence, mais c'est un "trademark Hansen".
Enfin Kiske se montrait éblouissant. Hansen avait décidé pour le bien du groupe de laisser tomber le micro et Helloween avait dégotté Michael Kiske on ne sait où. Sa voix aigue et puissante, lyrique, sophistiquée, résultat d'un croisement Dickinson / Geoff Tate a marqué (encore ce coté référentiel pour Queensrÿche… quand on pense à ce qu'ils sont devenus…). On n'y croyait pas.
Le "format" de l'album et son track-listing était on ne peut plus étrange également. Intro grandiloquente, démarrage sur les chapeaux de roue, gros coup de frein sur "A tale that wasn't right", puis "Future world", différent, "poppy" comme le dira plus tard Kai, et le titre "Halloween"de 15' pour finir sur une outro planante. Et tout ça en une grosse demi-heure. Quel tour de force, quelle audace.
Enfin, même si ce n'est évidemment pas le plus important (mais quand même…) : la pochette. Mystérieuse. Ce personnage encapuchonné, ces clés, ce "Part One" hallucinant (la mode des albums double n'était pas lancée).
Tout cela a créé un mythe. Helloween serait mon groupe préféré (je me suis jeté sur le Walls of Jericho peu après). J'aimais toutes les chansons, les pochettes, l'univers sympa des citrouilles, etc.. Après avoir adoré 458 groupes, j'avais trouvé "le mien" (bon Accept, Saxon et Loudness étaient pas loin derrière), d'autant que l'aventure ne faisait que commencer…

Par Heavy REM
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Vendredi 3 mars 2006



Accept – Metal heart 
— "Tu connais pas Accept ? P'tain c'est eux qui ont repris La Lettre à Elise à la gratte, ça tue".
C'est en général comme cela qu'on présentait le groupe en 1985. L'air dubitatif je glisse la K7 dans le magnéto.
"Le chanteur est un peu "spécial" mais c'est pas mal". me dit-on...
Je crains le pire. Play. Chœurs immenses et mélodie métallique noyée de réverb.
— "C'est pas la Lettre à Elise"
"Nan, c'est dans le solo"…
Le type hurle sur un riff mammouth. C'est étrange. Je n'accroche pas à cette chanson. Et puis c'est quoi ces chœurs ? L'armée rouge au grand complet ? Le solo arrive enfin.
Marrant
J'imagine la tête de mon paternel, mélomane averti pouvant distinguer l'interprétation de Karajan ou d'un autre dans le troisième mouvement de je ne sais quelle symphonie… Alors s'il entend la fameuse "Lettre à Elise" éjaculée par une Strato dans un mur de Marshall il en fait une syncope.
"Je trouve pas ça super à part le solo"
Je suis donc retourné à la table de JDR qui nous occupait tous cet après-midi là, laissant Metal Heart s'enregistrer sur une Sony (90 mn, pos. Normal, Dolby NR).
En ce temps là, et pendant que notre petite bande de hard rockers désœuvrés  égrenait les heures en combattant foultitudes de dragons et de magiciens, j'avais une marotte, une manie, un rituel… Au moyen d'un feutre noir fin je reproduisais sur la tranche des K7 le logo du groupe enregistré, et ce avec une grand minutie. Je pourrais encore, en début de 21ème siècle , reproduire assez fidèlement les typographies de Dio, Accept, Maiden, Saxon, Manowar, etc. L'un des plus durs à dessiner est assez curieusement le Metallica période Kill'em all : équilibrer le M et le A tout en gardant leur piquant n'est pas une mince affaire. Et je sais de quoi je parle puisque toutes les tables auxquelles je me suis assis au lycée se sont vus "enluminées" à ma manière. La Sony du Accept a bénéficié en outre d'une mise en couleurs rouge et mauve du plus bel effet.
Voilà un truc que le death et les mp3 ont tué. Parce que évidemment, je veux bien être un peu tracassé, mais je n'étais pas le seul type à faire ça. Pas mal de hard rockers savaient reproduire ce genre de logos à main levée (fallait bien ornementer son sac U.S. !). Avec l'arrivée des groupes death et black, finis les logos que l'on pouvait reproduire ! Et le mp3 n'en parlons pas. Les mecs téléchargent les pochettes et les impriment ! J'ai du passer des heures à me faire chier à écrire tous les titres sur les petites jaquettes de mes cassettes. Parce que pour moi la meilleure chanson de Metal Heart c'est pas "la 5", c'est "Screaming for a love bite". Recopier les titres sur ces cons de cassettes me les rendait déjà familier. Je me souviens avoir ouvert plus d'une fois mon dico d'anglais à cette occasion. J'ai ainsi découvert que j'écoutais L'Emeute, Les jolies filles, La Lame de Tokyo, Guêpe (hahahaha)… Je ne sais pas si c'était mieux qu'une traduc' Google mais bon… C'est aussi ça, être fan, non ?
Mais encore une fois je m'égare. Ce n'est que le lendemain que j'ai remis Accept dans mon gros poste à cassettes. Play à nouveau. Passée la chanson éponyme, l'album Metal Heart se révèle : une tuerie. Udo, le chanteur, hurle comme un porc qu'on égorge (côté cochonnaille maltraitée Dani Filth l'a supplanté depuis, sauf que cette tafiole black ne chante pas hahahahahahaha !). Dirkschneider vitupère et éraille, crache tripes et boyaux toute haine dehors. On compare parfois Udo et Bon Scott… Pourquoi pas. La grosse différence est dans le voile blues et la gouaille de l'Australien, alors que nain n'est que colère.
Une petite remarque au passage sur les "voix". A chaque nouveau groupe que je découvrais, je me demandais toujours "Quelle voix va avoir le mec ?". Quel rapport en effet entre Udo, Klaus Meine, Brian Johnson, Dio, Lemmy, Guy Speranza, etc. ? Actuellement je ne me pose pas cette question. Je sais déjà que le gars sera une version lubrifiée de Kiske ou qu'il gueulera sans jamais produire une putain de note. Mais reprenons…
Derrière Udo ça riffe dur, sec, millimétré, allemand quoi : accords énormes plaqués sur des contretemps abyssaux ("Up to the limit", "Screaming for a love bite"...), citadelles inexpugnables de guitares rasoirs. Chaque chanson est un hymne métallique, accrocheur, immédiat (à part justement "Metal heart"). Udo est soutenu par les chœurs martiaux mentionnés plus haut, marque de fabrique du groupe récupérée par Hammerfall au 21ème siècle. L'apothéose côté "chœurs rouges" sera atteinte sur l'album suivant, Russian roulette.
Et puis à la gauche du gnome hurlant, il y a "le loup". Le carnassier Wolf Hoffman, riffeur en chef et maître soliste… Hoffman fait partie de ces guitaristes qui ont des choses à raconter dans chacune de leurs interventions. J'ai rarement entendu autant de pertinence chez un "lead guitarist" : construction impeccable, variation dans les attaques et le jeu (harmoniques artificielles, un coup de vibrato atomique, etc.) Hoffman fait vivre ses notes grâce à un phrasé fluide et un grand sens de la mélodie et du rythme. Côté riff, il mélange à loisir les plans speedés ("Wrong is right"), heavy ("Metal heart") ou US ("Screaming for a love bite"). Ce dernier ingrédient colore de manière générale ce disque qui est le plus américain du groupe, avec Eat the heat quelques années plus tard. C'est une tendance pour les groupes européens de l'époque que de lorgner du côté des States, en espérant décrocher tube, tournée et renommée... les carrières de Scorpions et Iron Maiden suscitent des envies. Tout cela n'empêche pas Accept de pratiquer la politique de la terre brûlée, le blitzkrieg metal. L'ensemble est chromé, poli, fourbi par Dieter Dierks (le producteur attitré de Scorpions), maniaque de précision. Malgré les années cet album a gardé tout son tranchant, lame germanique jamais émoussée qui se termine sur le grandiose "Bound to fail", grande finale, emphatique, éclairé par Wolf sur un ad-lib lui donnant tout le loisir de montrer ses talents dans l'exercice des "variations sur un même thème".
Ce disque m'a rendu dingue. J'ai du sauter partout dans ma chambre en hurlant "Up to the limit", "Wrong is right"… Je connaissais chaque note par cœur, je chantais la basse, les solos, les chœurs. Il fait partie de mes disques "6 étoiles", écouté un million de fois (tout comme le Keeper I ou le Disillusion de Loudness). J'avoue ne plus l'écouter toutes les semaines (ni même tous les mois) mais je le retrouve toujours avec plaisir, comme un vieil ami que l'on connaît presque trop bien. Mais quand je monte le son, je saute encore partout en "hurlant pour un peu d'amour".
A votre tour.

Par Heavy REM
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Samedi 4 mars 2006



Manowar – Sign of the hammer (1984)
C'est quoi être "un hard rocker" en fait ? On peut raisonnablement se poser la question non ? En tout cas moi je le la pose. J'ai souvent parlé ici d'attitude, un mot ou une approche que certains renient, voire dénigrent : "la musique est l'essentiel", "c'est la musique qui compte, pas le folklore"… Ok les gars : mais alors si tout cela est l'essentiel, pourquoi faire le signe du diable en concert (le seul jour du trimestre où vous vous autorisez à porter votre t-shirt Freedom Call) ? Pourquoi ricaner sur Britney Spears et le rap tout en prêchant à longueur de posts l'ouverture d'esprit, la compréhension, le respect de l'artiste, etc.
Tout ça pour dire que je ne sais pas tout à fait ce que c'est que "être un hard rocker"… Je ne sais même pas si cette expression "être un hard rocker" a un quelconque sens… pourtant…
Pourtant quand j'écoute Sign of the hammer, ou quelques disques de ce genre (Metal heart, Back in black…) et quand je sens que mes boyaux vont de là à là (cf. fig. 1) je me dis qu'il y a quelque chose, un sens, une explication, un lien logique à tout ça.
Manowar est peut être le groupe le plus clichesque du monde du metal (avec le Sab de la grande époque). Manowar est cuir, Manowar est sexe, Manowar est heroïc fantasy, Manowar est cheap, Manowar est bas du front… Mais Manowar est avant tout heavy. Manowar c'est du putain de heavy metal.
C'est étrange mais quand ils disent vouloir être libres, jouer à 10 ("All men play on ten") et ne jamais baisser le son, je les crois. Et je me sens, le temps d'une chanson, prêt à combattre le monde ou à être un frère du metal. C'est con. C'est naïf. Mais c'est metal. Rock même. Car le rock, le hard rock et le heavy metal sont des concepts enfantins, adolescents, puérils de gens qui pensent être différents, qui pensent que le monde ne tourne pas rond, de gens qui sont "contre". Et cette simplification à outrance, cette "utopie stupide" (quelle utopie ne l'est pas après tout ?), cette vision du monde passée systématiquement par le prisme musical, me plait. Elle est quête d'absolu, recherche d'un plaisir pur, recherche d'une adolescence éternelle, d'une sorte de "Never neverland musical et métallique" pour Peter Pan à cheveux longs et bracelets à clous.
Manowar c'est tout ça. Ces mecs vivent ça et le font partager. Alors bien sûr, il y aura toujours des fans de "vraie musique" pour les mépriser, pour ricaner mais "leurs groupes" n'atteindront jamais l'intensité du gang, notamment avec ce Sign of the hammer… Dernier album de la première période du groupe. Celle où seule la configuration de base, guitare / basse / batterie / chant est utilisée à plein régime, sans adjuvants, sans arrangements particuliers (à part trois misérables nappes de clavier ici ou là). Le son est fondamentalement rock : Marshall à fond, basse hachoir sursaturée, batterie en parpaings, zéro overdub. Et c'est magnifique. Parce que cette bande de bas du front, ce quatuor d'américains crétins qui pensent avec leurs bites arrivent à produire une musique très simple, majestueuse, belle, magnifique. "Mountains" par exemple. Tout est là. Les Manowar jouent de leurs instruments comme un Frizon-Roche de son piolet, prenant prise dans le roc, et s'élevant à chaque mesure, un peu plus haut. Et l'Homme de Guerre d'avancer, pas à pas, avec la force brute et l'obstination de l'animal ("Animal"), fidèle à son serment ("The oath")… Un de ces serments d'enfants que rien ne peut briser.
On pourrait écrire des pages encore sur cet album parfait (bon ok, "Thunderpick", démonstration de basse de DeMaio est dispensable), sur ce "Guyana (Cult of the damned)" épique, où Adams joue de tous les registres possibles, voix soufflée cavalant vers les aigus hystériques qu'on lui connaît, sur "The oath" tout en colère et staccatos, etc.
D'autres albums de Manowar sont également excellents, Kings of metal par exemple, Louder than hell, Hail to England (putain "Bridge of death"…), Fighting the world (le mal aimé… j'aime tellement ce disque que je ne sais pas par quel bout le prendre pour le chroniquer et éventuellement vous le faire aimer ou du moins appréhender comme "je" l'entends) mais… Sign of the hammer est à mon sens le sommet, le toit du monde, un concentré d'émotions, de colère, de plaisir, de joie,
d'émerveillement, de fascination morbide… en somme de heavy metal. Et tant pis pour les autres.

PS : la seule vraie faute de goût est évidemment cette pochette hideuse dans tous les sens du terme...

Par Heavy REM
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Dimanche 5 mars 2006



Twisted Sister – You can’t stop rock’n’roll (1983)
Look atroce, pochettes nulles, niveau technique frisant le néant, nom à coucher dehors, Twisted Sister avait tout pour plaire. Les New-Yorkais s'inscrivait dans une certaine tradition glamouze 70ies, initiée par les New-York Dolls d'un côté et leurs enfants terribles Kiss (on ne mesurera jamais l'impact que Kiss a pu avoir aux USA sur tous les musiciens de hard jusqu'à maintenant) : un mélange de rock "à la AC/DC" et de pop. Grattes énormes, riffs préhistoriques, batterie de primate, voix éraillée et gros refrains accrocheurs, tels sont les ingrédients de la Frangine Dingo.
You can't stop rock'n'roll, deuxième méfait de la courte carrière du groupe est mon préféré. Pourquoi ce disque ? Pourquoi écouter Twisted Sister ? Pourquoi "c'est bien" ?
Et bien pour toutes les raisons invoquées dans ma phrase d'intro et parce qu'il n'y a pas de remplissage sur cet album : all killers, no fillers... Twisted sait faire des putains de bonnes chansons qui sont tous des hymnes. C'est incroyable d'ailleurs. Le "tapis musical" est limité à sa plus simple expression : les riffs sont réduits au minimum, la basse est linéaire au possible, itou pour la batterie, et les solos ne vont pas "sauver" l'ensemble. Mais ce dépouillement quasi ascétique (à côté AC/DC c'est du symphonique) met en avant la voix de Dee "fuckin" Snider. Une grande gueule US, rugissement éraillé typique et un grain unique qui sait ce que c'est qu'une mélodie de chant. Ce mec savait écrire des chansons que vous aviez l'impression de connaître depuis toujours dès la première écoute. Un tour de force impressionnant. Les refrains sont des slogans taillés pour les "arenas" (le plus souvent stupides ou primaires) que l'on se régale de brailler avec le disque.
Côté rythme, Twisted Sister écrase parfois des mid-tempos quasi heavy mais sait également accélérer (sans aller bien évidemment jusqu'au speed) pour varier les plaisirs.
Tout ça devient vite jubilatoire et l'on se demande comment va faire le groupe sur chacune des chansons pour nous faire décoller en en faisant toujours moins ... Et il y arrive. Au final on se retrouve avec un classique du hard rock US, une sorte de pépite intemporelle, dépouillée de tout artifice, dévoilant en dix titres taillés au burin le rock le plus juvénile, le plus insouciant possible. Et le plus pur aussi.

Par Heavy REM
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Lundi 6 mars 2006



Scorpions - Blackout 
En cette année 1985 j'ai découvert mon premier groupe de hard avec ce disque (et Love at first sting). Pour l'anecdote je pensais que c'était une femme qui chantait dans ce groupe, peu habitué aux voix de ce type. Je me souviens encore du regard que m'a lancé le pote chez qui je squattais et à qui j'ai posé la question : "C'est une gonzesse qui chante non ?" (on dit tous notre lot de conneries pas vrai ?).
Blackout avait déchiré la planète trois ans plus tôt. Et quand je dis "déchiré", il faut bien imaginer les USA à genoux devant leurs nouvelles idoles, groupies extatiques et teenagers rendus fous par le riff à un accord de "Blackout", les tympans vrillés par les solos de Mathias Jabs qui trouvait enfin sa place dans le groupe. Toutes guitares hurlantes les Scorpions distillaient un  venin brûlant, corrosif, chacun de leurs titres remettant les pendules à l'heure, rasant tout au passage.
Meine chantait comme si sa vie en dépendait, tentant de se faire une place dans le mur d'électricité érigé par sa paire de gratteux (parce que pendant que monsieur beuglait, le gars Shenker, maniaque moustachu, tronçonnait du riff à la chaîne à grands coups de Flying V). Le groupe est une mécanique bien huilée, un engin de mort d'une incroyable précision. Le travail de la paire Jabs / Shenker s'avérant redoutable, Jabs étant en "solo permanent". Là où d'autres jouent la complémentarité et l'interdépendance (les chirurgiens Tipton / Downing ou Murray / Smith), le soliste travaille ses interventions au dessus de celles de Shenker, tissant un maillage métallique pendant tout le morceau, donnant un relief incroyable aux rythmiques charpentées de Rudolf. Et il connaît tous les trucs (comme Wolf Hoffman…) pour rendre son Explorer vivante et les chansons passionnantes, alternant mélodies et plans qui dynamitent l'ensemble.
Blackout est une collection de classiques très variée. Du hard 70ies ("China white" plombé comme un Zeppelin), du hard US accrocheur ("You give me all I need", "No one like you", "Arizona"), une ballade encore écoutable en 2005 ("When the smoke is going down"), du hard / heavy metal nerveux ("Blackout", "Now !" voire speedé avec "Dynamite" qui a longtemps clôturé les concerts du groupe).
On oublie trop souvent l'importance de ce groupe qui a imposé l'Europe continentale comme concurrent sérieux aux groupes anglo-saxons. Et si la scène Allemande se porte on ne peut mieux depuis la période Helloween, c'est bien grâce aux défrichage de Scorpions, qui en trente ans est devenu un groupe majeur au niveau mondial.
Oubliez les errements du groupe et sa discographie trop encombrée de best-of et écoutez Blackout. C'est un disque référentiel, qui a sa place de choix dans un classement des 30 meilleurs disques de hard rock.

Par Heavy REM
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Vendredi 10 mars 2006



Dio – Dream evil
Dream Evil est l’album mal aimé de la première période, le plus faible soi-disant. Jamais trop compris pourquoi (Sacred heart est le plus faible me semble-t-il). Pour moi c’est le dernier bon disque du chanteur : la "deuxième période" n’existe pas.
Première chose : le son. Une production qui ne vieillit pas, chaleureuse et profonde, comme la voix du maître d’ailleurs. Une écoute superficielle pourrait faire dire : "quel son de guitare !"». Et ce serait une erreur. Dream evil sonne épais, profond et puissant grâce à la basse. Jimmy Bain fait partie de cette école de bassiste qui donne corps à chaque chanson, lui donne des fondations solides, enfoncées profondément dans le beat de batterie. Et sur ce mur de pierres de taille, la guitare de Craig Goldie peut riffer à loisir, apporter le tranchant nécessaire.
On va encore me traiter de passéiste mais il s’agit bien là d’un travail d’artisan tombé complètement en désuétude. Quel bassiste a encore le loisir de construire quelque chose dans le heavy metal (ou le speed) actuel ? J’utilise le terme heavy metal car Dio est à cheval entre le hard rock des origines et le metal. Assurément, aucune influence blues, ni rock’n’roll, on est donc bien dans le metal. Pourtant la manière de faire relève d’avantage de celle du hard rock : basse monumentale au centre, une seule guitare, etc. Une sorte de Rainbow en fer forgé.
Je parlais de Craig Goldie… Arrêtons-nous sur le bonhomme. Décrié lui aussi, moins "petit prodige" que Vivian Campbell, il joue pourtant de bien belle manière. Là où Campbell n’est que pyrotechnie et précipitation, Goldie construit ses interventions, alternant passages chaotiques, vibrato déchaîné et mélodies sorties d’on ne sait-où.  Côté riff c’est nerveux comme un chat sauvage ("Sunset Superman", "Overlove"), où plombé comme un sabbat ("All the fools sailed away"…), toujours mélodique et prenant.
Prenant est d’ailleurs le mot que j’emploierais pour qualifier ces chansons. Les ambiances sont fortes, nocturnes et désenchantées. Et les titres mid-tempo jamais ennuyeux, une gageure (demandez à Hammerfall !). Car sans mélodie forte, sans "voix", le mid-tempo peut devenir le pire des boulets, le truc à se défenestrer.
Mais Dio domine. Dio est le roi de la montagne d’argent, et sa voix rappelle qu’en un temps, les excellents chanteurs étaient légion dans le hard rock. Dio chante avec les tripes (un truc également en voie de disparition), avec une seule consigne : feeling. "All the fools sailed away" par exemple. Tout autre groupe pondrait une ballade qui pue du cul, le truc qu’on zappe dès la première note. Pourtant dès la première phrase Dio hypnotise. Registre calme, arpèges, et une montée en puissance jusqu’au refrain sur un rythme pachydermique. Un refrain lumineux et nostalgique. Break, solo de clavier et de guitare. Le genre arc-en-ciel.
Puissance de l’évocation, musique intemporelle, le voyage est beau. Peu d’overdubs, seule la cohésion et la force de chaque instrument assure la puissance et la grâce de l’ensemble. Tout cela respire. Le rêve est maléfique mais dure encore.

Par Heavy REM
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Samedi 11 mars 2006



W.A.S.P. - The headless children (1989)
Les enfants sans tête… Autant dire que l’on attendait du gore qui éclabousse pour le 4ème album des Pervers Sexuels… Et le noiraud nous a tous pris à contre-pied. Lawless avait imposé WASP grâce à un patronyme, une imagerie et un comportement extrêmes : lancer de viande fraîche et sanguinolente sur les premiers rangs dans les concerts, look dégénéré tout en spandex rehaussé de scies circulaires habilement placées (avant-bras, coquille…) Bref, la classe à la mode L.A., à une époque où la sobriété signifiait la mort.
Mais après trois albums glaviots, Blackie en a eu gros sur la patate de voir son groupe brocardé : "Des clowns", "Ils savent pas jouer…" (sur la liste des prétendus bras cassés, Chris Holmes ne devait pas être très loin de ce bon vieux Mick Mars, c’est dire !).
Alors le méchant Sans-Loi a fomenté un plan infernal : sortir un album plus inspiré par les Who et Uriah Heep (deux de ses références), musique chiadée ("The last command" avait été un peu bâclé de l’aveu même du maître…) et textes intelligents (voler plus haut que "Baiser comme une bête" c’était pas très dur non plus).
Pari réussi. Lawless a remobilisé ses troupes, donné carte blanche à Holmes (le pauvre était contraint jusque là de n’enregistrer sur disque que ce qu’il pouvait reproduire sur scène), placé Frankie Banali à la moissonneuse-batteuse et en avant.
En avant pour un album où la légendaire furia noirâtre est contrôlée, canalisée. La pochette et son défilé morbide donne la couleur du disque (sombre et pas content). La photo du groupe encadrée de barbelées surenchérit. On n'est pas là pour rigoler. Les grattes cavalcadent comme d’habitude (une marque de fabrique WASP… un peu comme Maiden ou Metallica, même si le traitement est différent) et sillonnent ce tableau désolé. Dans la plaine dévastée, Lawless rugit, noyé dans les couches entremêlées de guitares lead… Holmes riffe toujours à la hussarde mais il s’en donne à cœur joie côté arrangements. Les guitares, très inspirées, se superposent à l’infini, se perdent dans des delays galactiques (« Thunderhead »). Le son baveux et papier verre des précédentes productions est oublié. WASP se permet des "interludes" acoustiques ("Mephisto waltz"), des intro d’ambiances (le début de "The heretic")…
Les plus jeunes d’entre vous n’ont pas connu les "faces" d’un album, A et B… Le temps de retourner la cassette ou le vinyle… Quelle importance me direz-vous ? Et bien The headless children fait partie de ces disques qui ont clairement été bâti en fonction de cette contrainte technique. Face A, le WASP ambitieux qui remet les pendules à l’heure et propose un heavy metal racé (à la frontière hard rock), subtil… Face B le Wasp paillard et criard reprend un peu de service avec les deux titres dans ta gueule que sont "Rebel in the F.D.G." et "Mean man" (un hommage de Blackie à son géant de guitariste) dans la droite lignée de "I wanna be somebody" et autres "Blind in texas". C’est aussi la face où se planque la ballade, plutôt réussie, "Forever free" sur laquelle seront pompées toutes les ballades des albums suivant. Les deux faces constituent un album intense, échevelé, colérique… Une sorte de concentré improbable de rage chirurgicale et de sophistication sauvage…
Malgré toutes ses qualités (de son, de composition, d’interprétation…) The headless children n’est pas devenu un album référentiel. Il n’en demeure pas moins un des meilleurs albums de son époque… Un pavé dans la marre glamouze, une sorte de Operation Mindcrime US (oui j’ose !). Son successeur développera la formule inventée ici, arrivant d’ailleurs au bout de ce qu’il était possible de faire dans cette voie (le récent Neon God en est un bel exemple puisqu’il reste bien en deçà de ses deux prédécesseurs).

Par Heavy REM
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Mercredi 15 mars 2006



Riot - Fire down under
Il n’est pas facile de parler de certains disques, tant ils ont pu nous "accompagner" sans pour autant apparaître indispensables au reste de la planète. Fire down under de Riot fait partie de ces perles rares, ces albums "de derrière les fagots". Le groupe n’est pas considéré comme marquant dans la grande histoire du rock en général et du hard rock en particulier. Pourtant il a réalisé avec ce disque une galette (quasi) parfaite. Un parfum seventies flotte sur Fire down under (il est sorti en 1981, vingt ans déjà !) mais on sent que le groupe et la musique vivent une période charnière. Si les guitares ne peuvent prétendre concurrencer la puissance des enregistrements actuels, elles ont tout de même gardé une acidité et un tranchant réjouissants. En outre, sans lorgner vers le punk, le gang concocte des chansons rapides, centrés sur un ou deux riffs incisifs foudroyants. Genre qui inspirera à n’en pas douter tous les speed metal freaks sur le point d’éclore (en 1983, Metallica sortira Kill’em all).
Autre particularité de Riot, c’est son chanteur. Guy Speranza signe avec Fire Down Under sa dernière participation au groupe. Riot perdra beaucoup après son départ, car si Speranza n’est pas, objectivement, un chanteur exceptionnel, il reste d’une efficacité redoutable et colle parfaitement au style urbain, instinctif du groupe. Son timbre particulier, sa conviction et son feeling donne un sentiment d’urgence au disque. Intensité renforcée par le mixage assez particulier de la réverb’ sur sa voix. A chaque piste émotion et énergie sont au rendez-vous : "Don’t hold back" poignant (et il ne s’agit pas d’une ballade molasse !), "Sword & tequila" killer, "Outlaw" le tube… autant de chansons qui charpentent un album rugueux, honnête et efficace, sans tape à l’œil, délivrant un (hard) rock vif, essentiel, minéral, intemporel.…

Riot – Fire Down Under / 1981 – Réédition chez High Vaultage Records en 1997 (A noter que la réédition comporte cinq inédits avec Speranza au chant et des notes de pochettes passionnantes de Steve Loeb, le type qui a enregistré la bête).

 

Par Heavy REM
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Jeudi 16 mars 2006



Metallica - Master of puppets (1986)

Je me souviens précisément de ma "rencontre" avec Metallica. Quelques mois plutôt je m'étais jeté sur le hard rock comme un chien affamé, ingurgitant tout ce qu'il trouve, jetant des regards inquiets autour de lui de peur qu'on ne vienne lui arracher la pitance de sa gamelle. La foudre avait frappé et j'en resterai marqué à vie. D'ailleurs, malgré mes ricanements, je comprends les jeunes affamés d'aujourd'hui, téléchargeant à qui mieux mieux pour "rattraper le temps perdu". Malheureusement le téléchargement a un revers de la médaille, mais c'est un autre sujet.
Metallica donc… Tout a commencé avec "Phantom lord", enregistré sur une "radio libre" locale. Quelle claque dans la gueule ! C'était à la limite du "too much". Je veux dire… j'étais pas un mickey, j'écoutais AC/DC, Motörhead ou Accept, autant dire des groupes de durs à cuire qui sentent sous les bras. Mais là, heu… c'était le tabassage en règle. Sur Kill'em all le groupe avait (pour la seule fois de sa carrière en fait) le son qu'évoquait son nom. "Métallique" à mort. Plus tranchant qu'une lame de rasoir, aussi délicat qu'une tronçonneuse. Je me souviens avoir écouté et rembobiné "Phantom lord" des dizaines de fois, augmentant le volume à chaque passage (et provoquant la fermeture de toutes les portes communicantes dans le petit appartement familial), habité par cette sensation jubilatoire de défoulement total et adolescent.
L'écoute intégrale de l'album m'avait un peu déçu (et me déçoit encore en fait), les autres titres n'étant pas à la hauteur de "Phantom lord" (j'ai un peu retrouvé la sensation provoqué par ce titre et son intensité avec certaines chansons du Hatebreeder de Children of Bodom).
Metallica c'était donc "sans plus" pour moi jusqu'à un samedi après-midi d'errance urbaine. Nous fréquentions régulièrement une salle de jeux vidéos (l'ancienne "Tortue", rue Foch…j'dis ça pour les Perpignanais) dans laquelle on croisait souvent des "hardos". Là, nous nous jaugions du regard, embrassant d'un seul coup d'œil la somme de notre bon (ou mauvais) goût, arboré à grands renforts de badges, patches, dossards et autres rangées de clous. J'arborais pour ma part un magnifique Live after death dans le dos, un Manowar sur le cœur, une rangée de clous (pyramidaux) sur les épaules, un bracelet clouté et un bon pesant de badges sur l'avant de ma fidèle veste en jean).
Entre deux rangées de jeux d'arcade (un Rastan Saga et un Bubble Bobble), un pote s'arrête pour saluer un type. Tignasse de cheveux frisés, mitaine cloutée (trop la classe !) et casque de walkman autour du cou, le gus sort une cassette : Master of puppets. Vision de cimetière apocalyptique. Le souvenir de la dernière émission de Cocktail Rock remonte en une demi seconde ("Le chanteur, James Hetfield a réalisé d'étonnants progrès et chante vraiment de mieux en mieux….") Pendant ce temps le hardos à la main gainé de cuir et de clou acquiesce, l'air connaisseur, nous assurant de la qualité de l'album.
Ce n'est que quelques semaines plus tard qu'un de mes fidèles compagnons de trainâge de baskets me file une Sony NR avec Ride the lightning (face A) et Master of puppets (face B).
J'arrive chez moi et glisse la cassette dans mon walkman (un truc rouge en plastique tout naze sans touche Rewind, obligeant à tourner la face pour rembobiner… les plus jeunes lecteurs doivent me prendre pour un mythomane et pourtant c'est vrai, et je n'étais pas le seul à posséder ce genre de walkman !)
"Fight fire with fire". Autant l'avouer, je voulais me tirer. Aller loin de cette furie, de cet abattage en règle, de ce pilonnage systématique sur lesquels Hetfield (ou était ce Hammet ? Je les confondais toujours ces deux là) aboyait, oubliant toute notion de chant, de note et de heu… Mélodie ? (oui j'étais déjà chiant à l'époque sur l'idée de mélodie). Je me souviens de cette chanson comme d'une épreuve, un mur du son infranchissable. Je ne pensais pas pouvoir supporter l'album dans son entier si ça commençait comme ça.
Heureusement la suite allait me permettre d'entrer dans le cercle, grâce à "Fade to black" bien entendu et "The call of Ktulu" ('tain ces mecs lisent Lovecraft comme Steve Harris et moi !!!)
J'ai écouté des tas de fois Ride the lightning, mais pas autant que Master of puppets.
Master of puppets est probablement moins novateur ou moins ceci ou moins cela que Ride the lightning. Mais Master a le son. Ce son incroyable, unique et iconoclaste. Pensez, un groupe dont les guitares, au contraire de s'affiner, s'aiguiser, s'épaississent, assomment et arrachent plus qu'elles ne découpent… on pouvait difficilement faire plus "fil du rasoir" que sur Kill'em all. Du coup c'est maousse. A chaque coup de médiator (vers le bas) c'est une montagne qui s'écroule, des blocs de granit. Et parfois à "grande vitesse" (je mets des guillemets en pensant à tous les groupes 220 km/h actuels). Même en son clair les six cordes restent épaisses, tissant une toile arachnéenne d'arpèges pour mieux enserrer une proie promise à la morsure de solos venimeux. Hammet tente d'être à la hauteur de la folie ambiante, poussant ses interventions au bord de la rupture (phrasé schizo en écho déglingué au "in madness you dwell" de Hetfield, tirés de cordes hystériques "vais-je mourir ?"). Mais Kirk n'oublie pas de relever le défi de la mélodie. Sur les rythmiques moissonneuses batteuses et les intervalles tendus à l'extrême de son patron, il se faufile et glisse son feeling unique. Phrasé bouillonnant, sweep et wah wah ("Battery")… La classe.
Le plus incroyable avec cet album, c'est le sentiment d'étouffement général. Le son évidemment, la compression extrême des guitares et de la batterie (la claire de Ulrich sonne comme la grosse caisse de certains groupes !). Même la voix est systématiquement doublée, à la respiration près, pour augmenter l'effet rouleau compresseur.
Hetfield, moins criard que sur les disques précédents, nous cause de la guerre, de la manipulation, du lavage de cerveau. Et quand accalmie il y a, Lovecraft et ses créatures innommables sont de retour ("La chose qui ne devait pas être"), menant à la camisole ("Bienvenue au sanatorium"). Master of puppets est un album d'angoisses, angoisse de la folie, de la guerre, de la religion opium ("Leper messiah") et chaque instrument contribue au cauchemar, asphyxiant l'auditeur, le laminoir laisse l'esprit vidé, lobotomisé face à la triste réalité de ce monde, un cimetière, un ciel apocalyptique et les mains rouges sang du marionnettiste.
Par Heavy REM
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