
Chaussette noire
En attendant nos pizzas chargées comme le père Noël son seul soir de taf, les deux gars me l'avaient dit, à travers leur haleine Martini / Vodka pour l'un, AOC Côtes du Roussillon
pour l'autre.
— Faut qu't'écoutes le Shaka Ponk, non seulement il est bien mais en plus ça peut te plaire...
Noyé dans mon
quatrième Perrier / Menthe (je pisse vert depuis) je rétorquais à ces paltoquets que Shaka Ponk ahaha je savais ce que c'était, un machin électro énergique mais sans chanson, drivé par un singe
vituel (vous apprécierez mon sens de la synthèse). Et les deux d'insister, cherchant le moindre argument pour que je jette une oreille sur leur machin.
— C'est un peu métal.
— Je l'écoute depuis un mois dans ma bagnole.
— C'est un peu pop.
— La chanteuse est trop méga bombasse.
— Ils ont les cheveux longs.
— La chanteuse est trop méga bombasse.
— J'en ai vu un porter un t-shirt Ramones.
J'ai testé.
Et ça valait largement une "royale sans oeuf avec supplément aubergines s'il vous plaît". Moi j'vous l'dis. ce
Shaka Ponk est une rouleau compresseur, pop dance groove punk metal, une machine à bouger le cul, la tête et tout élément doté d'une vague articulation ou d'un quelconque roulement à
billes.
Avec son troisième album, le groupe a réussi le dosage parfait (selon mes critères de metal punk poppeux en plastique)
entre leur base électro (prod froide et synthétique, rythmiques martelées et groovy, sons zigouiguesques), l'approche pop (10 singles potentiels sur les 12 titres proposés), la désinvolture
rock'n'roll calculée au micro poil et de chouettes relents punk et metal (je parie ma collec' incomplète de Maiden qu'il y a du hardos dans la bande).
Contrairement à des groupes comme Daft Punk dont l'immédiateté sucrée ne cache qu'un sirop de synthèse qui écœure dès la
deuxième écoute et ne trouvera de débouchés qu'en évier (ou en BO de navets électroniques), Shaka Ponk a peaufiné sa formule pour la rendre addictive et surtout résistante face au temps. Une fois
de plus, c'est la qualité des compositions qui fait la différence. Ça, l'énergie et le fun par mégatonne.
Sur l'échelle du larger than life, les fracas informatisés et leur chaussette retournée rivalisent directement avec le Dieu
du genre : Diamond Dave en personne. C'est dire. Si musicalement on n'entend pas d'influence explicite, l'état d'esprit reste identique : une folie contagieuse qui électrise alors même que tout
est "quantizé" au quart de clic. Adjonctions de voix par paquet de douze, chœurs et harmonisations, onomatopées, phrases filtrées, superposées, ajoutées, soustraites. On passe d'un son à l'autre,
d'un gimmick à un "yeah" ou un "bop bop shouwa" jusqu'au tournis : Shaka Ponk c'est le grand huit 8) musical. Quand on est en confiance, la guitare uppercute. On s'attend à du riff démonte pneu
et l'ami Stain et m'sieur Picky jouent la demi teinte dans une sobriété poignante. Comme DLR sur Skyscraper qui pouvait lubriquement chanter le hot-dog et passer à "That's life" ou "Damn good times" en un claquement de
doigt. Même vocalement, y a quelque chose : à l'aveugle, j'aurais juré entendre le roi David sur "Dancing dead" ("I've got those pills left into my head, I'm dancing dead !").
— Vous exagérez... Shaka Ponk au niveau de David Lee Roth ? Tsss... arrêtez la boisson !
— Gardes, emparez-vous
de ce blasphémateur et jetez-le aux lions. Non seulement Shaka Ponk se hisse à ce niveau là, mais en plus l'orchestre vient de France. Rendez-vous au tas de fumier et bombons le torse pour un
cocorock'n'oll. Et qu'on jette également David Guetta aux lions (balancez les deux types bien peignés de Air par la même occasion) et préparons-nous à exporter Shaka Ponk. D'autant qu'avec son
sabir anglo-hispanico-français, ce chimpanzé sera rapidement adopté de par le monde.
Suite après le concert du 12/11 dans la villé du Rosé. Ou la ville rose, je sais plus.En attendant je ne saurais trop vous
conseiller de visiter le site du groupe grâce auquel vous pourrez non seulement écouter la musique de Shaka
Ponk, mais également vous en prendre plein les mirettes vu que ces p'tits gars sont aussi webmasters, infographistes, vidéastes, etc. Plus "do it yourself" qu'eux je vois pas. Avec le talent en
sus. Et pis vous pourrez découvrir Samaha Sam, Jane d'ébène entourée de ses cheetahs freaks.
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