Les bombes humaines
Si les Clash avaient su écrire la moindre bonne chanson, ils auraient pondu The human atom bombs.
Je n'aime pas les Clash. Je n'y peux rien et ce n'est pas faute d'avoir essayé. A part quelques vagues ritournelles ("London calling"...) je n'entends rien de bien intéressant et surtout pas le
moindre song-writing. P'têt que les crêtus se régalaient du Clash en live, de l'énergie et du reste. Mais le reste se réduit à peau de chagrin. Les pénibles ahanements d'un Strummer ne sachant ni
chanter ni gueuler, les riffs éculés, le discours gaucho incohérent (ces mecs vendront leur musique pour des pubs Levi's... est-ce que ça valait le coup de nous bassiner avec les Sandinistes, les
étoiles rouges et toute la panoplie de guérillero ?).
Revenons à Randy, obscur quartet suédois, ayant débuté sous la bannière Burning Heart du hardcore mélodique (le label suédois de Millencolin notamment, rattaché depuis quelques années à Epitaph)
. Mais une fois que jeunesse fut passée, les racines rock'n'roll remontèrent à la surface via le très sympathique You can't keep a good band down. Avec The human atom bombs, le
groupe "recule" encore un peu plus. L'ambiance est au rock garage et au rock'n'roll le plus pur.
Garage pour le son de guitare cradingue mais vivant, organique parce que bordélique. Garage pour la saturation légère mais toujours présente sur les voix (tout le monde chante dans Randy).
Garage enfin pour le son naturel de la batterie et l'impression d'entendre le groupe jouer à côté.
Mais les suédois ont aussi le goût des choses bien faites, et si The human atom bombs sent un peu sous les bras, l'ensemble tient méchamment la route et se révèle peaufiné : chœurs
précis, interventions diverses (harmonica, saxo, guitare slide...) Tout ça au service d'un répertoire impeccable. Si "Chicken shack" s'avère un ouverture d'album étrangement bordélique, tout
rentre à peu près dans l'ordre avec une enfilade de chansons directes, joyeuses, mélangeant les refrains façon "pub irlandais" et les mélodies simples et fédératrices Les influences brassées
s'avèrent nombreuses : les Clash sur "Punk rock city" ou "Freedom song", les Beatles sur "I don't need love", le garage rock bruyant ("Chicken shack", "Who's side are you on"...), le rock fifties
sur l'endiablé "Shape up" (et quelques autres)... Le groupe n'hésite pas à jouer des clichés (le "wahou" crié en intro de "Win or lose", certains riffs "déjà entendus") pour se les réapproprier
grâce, notamment, à leur sens mélodique ("Summer of bros", "Karl Marx and history"...).
Karl Marx ? Ah oui, j'ai oublié de vous dire... Randy est un groupe ancré à gauche. La branche positive et optimiste. En un mot, c'est plutôt "L'internationale" ("du passé faisons table
rase... le soleil brillera toujours") que la faction musicale des brigades rouges. En outre, j'vous l'aurais pas dit, vous ne l'auriez pas deviné à la seule lecture des paroles.
Les dix-sept titres défilent sans temps mort, et quand on pense tenir la meilleure chanson du disque, la suivante prend sa place ! The human atom bombs est un album moderne
délicieusement rétro, intemporel (il aurait pu sortir hier ou il y a vingt ans), pagailleux et réjouissant, sympathique, atomique et humain.
Commentaires