Lundi 16 mars 2009



"Au large d'une plage dorée, faite de pétasses et de palmiers"...

Un parpaing dans la gueule.
Une rafale de kalach' dans le bide.
Un cent mètre chrono avec meute de rottweilers au cul...
Je vous laisse le choix de l'image pour résumer ce disque. Dans tous les cas, on finit plié en deux, le souffle court. Laminé.
Habitué de la scène punk-hardcore française, les Tagada Jones n'ont jamais fait dans la dentelle et gueulent leur colère depuis des années. Mais à gueuler sans arrêt, on en vient à ne plus rien percevoir, plus rien entendre, plus rien écouter. Et seuls les accrocs du genre y trouvent leur compte. Sur ce disque, Tagada Jones a inoculé ce qu'il fallait de mélodies pour passer la démultipliée en terme d'efficacité.
Le feu au poudre est un rouleau compresseur, une moissonneuse-batteuse. Le son des guitares très synthétique (on pense même à certains essais metal-indus... qui a dit Kill fuck die de WASP ?), la présence de quelques samples, le tout allié à une rythmique matraquée produisent un martèlement permanent. Au dessus du marteau pilon, Niko vitupère, tout en plosive postillonnante, crachant son rejet d'une société asservie au pognon, au capital et aux pourris toute catégorie. Scandant sa haine ordinaire, il explose sur des refrains fédérateurs et enthousiasmants, le plus souvent éclairés d'un gimmick de guitare simple et ultra-efficace ("La relève", "Thérapie", "Combien de temps encore ?"...). Et l'auditeur n'a qu'une envie : tout casser. Clairement. Tagada Jones donne envie d'envoyer chier son boss, les flics et les beaufs, faire sauter le palais Brognard, tabasser un producteur télé ou n'importe quel connard de golden boy. Avec Le feu aux poudres dans les oreilles, on est assez remonté pour reprendre la Bastille une bonne douzaine de fois.

Preuve est faite que la recherche de l'ultime violence musicale ne revêt strictement aucun intérêt. Conserver l'énergie, la canaliser juste assez via une mélodie, aussi minimaliste soit-elle, ajoute à l'efficacité. Quelle colère peut bien se dégager de l'ultime groupe de grind ou de death ultra-brutal face à des riffs bien placés et des paroles toujours compréhensibles ? (mention spéciale à Niko qui ne sacrifie pas sa prononciation à son phrasé... C'est assez rare pour être souligné).
Seule réserve, qui pourrait d'ailleurs s'appliquer à tout autre groupe du même registre : quelle est la portée de cette expression de colère, aussi cathartique soit-elle ? Comme tous les groupes du genre, Tagada Jones ne touche qu'un public convaincu (en gros et pour simplifier, les anarcho-rouges ou juste "gauchos", pour les plus light...). Pourquoi prêcher des convertis ?
En outre je trouve paradoxal d'exprimer des idées "justes" (j'entends par là des "faits objectifs") si c'est pour les affadir par des slogans aussi creux et utopiques renvoyant à des lendemains meilleurs basés sur la bonne volonté, sur la force de la jeunesse, etc. Comment peut-on être pointu dans son observation, virulent dans la retranscription de cette vision et aussi mièvre dans ses propositions ? Quand Zabriskie Point, cynique, joue avec des idées dérangeantes (Guerilla Poubelle, plus récemment, a également emprunté cette voie), tout comme Trust "à l'époque", Tagada Jones se complait dans une vision un peu guimauve d'une internationale gaucho-alter-mondialiste, dont on sait bien qu'elle n'aboutira à rien sans solution "extrêmes". Solutions jamais exprimées dans les textes.
Une petite frustration donc. Mais ne perdons pas de vue l'essentiel, cet album est une réussite, incroyable d'efficacité et de maîtrise. Les quelques réserves énoncées plus haut n'entament en rien mon enthousiasme pour cet album, climax de la discographie du groupe. Aucune de ses précédentes productions ne soutient la comparaison (trop hardcore-droit-dans-le-mur) et même le petit dernier, Les compteurs à zéro, s'il s'inscrit dans la même lignée, ne parvient pas à ce sommet d'intensité.



Le site du groupe : http://www.tagadajones.com/
Le clip de "Cargo".
Par Heavy REM - Publié dans : Diskronik Punk
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Commentaires

Merci pour cette découverte! "Monsieur" sonne trop juste pour etre faux, et "Pavillon Noir" donne furieusement envie de tout casser.
Comme tu dis, pas la peine de chanter black, death ou autre: bien gueuler est plus efficace et reste bien compréhensible.
Commentaire n°1 posté par seb le 30/03/2009 à 17h20
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