On n'est pas chez ILM !
I'm not here to amuse you
I'm here to abuse my body and
mind
I'm here because old habits die hard
And seriously what else I'm supposed to do
?
This isn't my job, my hobby, my habit, it's sad but this is my life
De g. à d. : Fat Mike (chant / basse), Eric Melvin (guitare / chant),
El Hefe (guitare lead / chant / trompette), Erik Sandin (batterie)
NOFX, le groupe des paradoxes, le groupe politico-stupido, quatuor improbable de quadragénaires anti-Bush qui continuent de fourrer leurs doigts dans le nez et de roter dans leurs micros.
Musicalement, une des formations punk rock les plus solides depuis les Descendents / All et Bad Religion.
Chez NOFX, c'est Gros Mike le boss. Un surnom davantage du à son petit double menton qu'à un quelconque embonpoint. Ça ou sa fringale de tout contrôler, allez savoir… Alors qu'il est recruté
comme simple bassiste, il devient compositeur principal et chanteur (Eric Melvin, son acolyte, ne parvenant pas à cumuler chant et guitare sans sacrifier l'un des deux). Derrière les fûts, Erik
"Smelly" Sandin, le seul batteur à apparaître sur tous les disques mais sous différents pseudos).
Au fil des déménagements, des études et des aléas de leur vie adolescente, ces trois là s'éloigneront, se retrouveront et ne se quitteront plus.
Trois types inséparables, trois potes de lycée qui partagent leur vie encore aujourd'hui. Une communauté à laquelle viendront se greffer plusieurs guitaristes. Le troisième sera le bon. El Hefe,
chicano multi-instrumentatiste (guitare, trompette), chanteur, clown et imitateur (de voix de dessins animés !) complètera la formation. Ce line-up ne changera plus, pour le meilleur et pour le
pire.
Un ingrédient essentiel de la personnalité du groupe : la Californie. NOFX chante la mixité et l'ouverture d'esprit. Comme les hippies chantaient leur San Francisco ? Pas tout à fait mais pas
très loin non plus (le groupe est basé à S.F.), au grand dam de Mike qui a du mal à supporter les chevelus. Mais si la Californie chantée par NOFX est celle de la "coolitude" c'est aussi celle de
la volonté de s'en sortir seul. Le groupe n'est pas parvenu à la place qu'il occupe aujourd'hui sans effort et sans une bonne gestion.
Les premières errances se veulent résolument hardcore. Comme Bad Religion (un de leurs modèles), les débuts sont laborieux. Ça braille pas mal et ça speede sans réellement toucher la cible. Une
poignée de vinyles et de démos cassettes, remportant leur petit succès, sont toujours écoutables grâce au vrai-faux premier album, Maximum rock'n'roll. Le label Mystic sortira en
1992 cette compil des premiers enregistrements parus à l'origine en 1988. Une manœuvre commerciale bien crapoteuse. Fat Mike n'appréciera pas et descendra l'objet, ne l'ayant pas vraiment
enfanté. Faut dire que Maximum rock'n'roll est bien mauvais. Enregistrement approximatif, morceaux inexistants, cavalcades bruyantes et chant hurlé. Aucun intérêt.
Liberal Animation (1988) continuera sur cette voie avec une production un peu plus supportable. Premier malentendu, certains considèrent NOFX comme un groupe metal.
Scandale ! Mike ne déteste rien plus les hippies que les "metalheads". Il se défend malhabilement en expliquant que certains critiques, un peu trop prompt à user des clichés, ont assimilé le
groupe à la mouvance metal à cause de la longueur des cheveux de son guitariste. Mouais… Comme si les guitares n'étaient pas furieusement métalliques tant au niveau du son que du jeu ("Mr Jones",
solos de "Here comes the neighborhood", de "A200", breaks typiquement chevelus…).
Côté répertoire rien de terrible encore une fois. Le chant reste hurlé et désagréable. On sourira sur le final de "Shut ut already" (approximation volontaire du "Black dog" de Led Zep), ou sur le
début reggae de "Here comes the neighborhood". Pas bien passionnant.
On remarquera également la variété du discours, souvent décalé. Racisme ("Here comes the neighborhood" ), liberté d'expression ("Freedumb"), protection des animaux et végétarisme tournés en
dérision ("Shut up already", "Vegetarian mumbo jumbo"), problème éthique des contestataires ("Piece") ou textes purement stupides ("Crabs", "Beer bong", "I live in a cake").
Tout ceci reste assez anecdotique et Liberal animation difficilement écoutable.
L'aventure continue avec S&M airlines (1989). Première évolution notable,
le chant un peu plus maîtrisé. Le son, lui aussi, s'améliore, proportionnellement au temps passé en studio. NOFX se cherche encore. Toujours influencé metal et toujours aussi peu mélodique. On se
raccroche à quelques refrains scandés ("Drug free America"… un des chevaux de bataille du groupe, pro-drogue depuis toujours). A noter la reprise de "Go your own way" de Fleetwood Mac : couplets
massacrés, changement de paroles du refrain… on ricane. Intéressant aussi de constater que si NOFX a la réputation de déconneurs, certains textes s'avéraient déjà politiques ("Jaundiced
eyes").
Le groupe s'améliore et on écoute avec un certain plaisir "You drink, you drive, you
spill", "S&M airlines" et "Go your own way"). Un peu léger pour recommander l'album.
Ribbed (1990) est l'album du changement. Interprétation et production atteignent un meilleur niveau, l'ensemble est davantage contrôlé. Mais c'est surtout
stylistiquement que le groupe s'affirme. Tous les ingrédients qui caractérisent NOFX apparaissent enfin. Dès "Green corn" c'est l'uppercut (surtout si l'on connaît les disques précédents). La
basse, claquante, trépide en arrière plan, les breaks sont devenus nerveux et relancent la machine très régulièrement là où le groupe se perdait parfois dans des chansons de 4 minutes).
Nervosité, vitesse et mélodie avec la première apparition des gimmicks en octave. Cette technique (utilisée en jazz par des gens comme Wes Montgomery) est devenue la marque de fabrique du groupe,
repris par des centaines de formations punk depuis. Enfin, harmonies vocales et chœurs enrichissent les lignes de chant de Fat Mike.
NOFX ne se cantonne plus au seul hardcore mélodique, agrémentant ses chansons d'influences et de styles "extérieurs". Break doo-wop et voix harmonisées sur "The moron brothers" et "New boobs",
couplet ska surprise de "Food, sex & Ewe", jazz pour le léger "Together on the sand"…
Le reste des titres rentre dedans, alternant fun et colère, avec toujours un minimum de mélodies. Finies les gueuleries gratuites des albums précédents.
Ribbed est la preuve qu'un groupe peut apprendre son métier en l'exerçant. Un gros label n'aurait jamais attendu aussi longtemps que le groupe trouve son style. NOFX passe ici un cap,
pour devenir un espoir de la scène punk US.
Histoire de présenter son nouveau guitariste, NOFX publie The longest
line (1992) sur Fat Wreck Chords, le label de Fat Mike. Cinq titres pour asseoir un peu plus la nouvelle formule. Le groupe s'avère extrêmement nerveux dès "The death of John Smith" :
3'50 truffées de breaks heurtés, de redémarrages pied au plancher et de riffs divers. Sur les cinq titres proposés, deux sont rigoureusement indispensables. "The longest line" d'abord, une
chanson unique dans leur répertoire : simplicité biblique, registre grave de Fat Mike et un refrain qui marque le cerveau à vie. "Kill all the white man" ensuite, un classique en concert, un
reggae agrémenté de la trompette de El Hefe (ce type sait tout faire !), qui s'achève furieusement sur un "tuons l'homme blanc" à brailler à s'en faire péter les canettes. Côté expérimentation on
remarquera le break jazzy de "Remnants" (une chanson pas terrible en dehors de ce passage… notez la reprise typiquement metal en sortie break… sacré Fat Mike…).
Au top de sa créativité, NOFX balance White trash, two heebs and a
bean (1992). Œuvre foutraque et chamarrée qui montre un groupe tout en muscles et en nerfs (sauf sur la pochette). Les titres sont très riches et réservent de nombreuses surprises dans
les 2'30 imparties. El Hefe dynamite le tout en assumant son poste de véritable guitariste lead (thèmes d'intro, solos, transitions…). Chaque chanson possède une identité forte : intro de basse
mythique de "Stickin' in my eye" et redémarrage final avec traces de gomme sur le goudron fumant, passage ska / trompette pour aérer "Bob", reprise
entièrement jazz (son clair, walking bass, voix de crooner de El Hefe et solo délicat) du "Straight edge" de Minor Threat, les apôtres du mouvement… Peut-on vraiment parler de reprise d'ailleurs
? Seules les paroles évoquent le direct dans la gueule de Minor Threat ! Un sacré pied de nez aux intégristes du crâne rasé et du "no drugs" : NOFX, comme tout bon punk, se méfie du dogme et des
règles trop strictes. Humour toujours avec "Please play this song on the radio", un tube forcément jamais diffusé (si on devait attendre que les radios fassent leur boulot), une mise en abîme
jamais entendue d'un chanteur décrivant sa propre chanson en temps réel… Pas le temps de crier au génie, il faut pleurer sur "She's gone", rire sur le ska débonnaire de "Johnny's Appleseed", etc.
Les titres ne se terminent jamais comme on le prévoit, les breaks jouent le contre-pied en permanence, le micro passe de Fat Mike à El Hefe et toujours, le groupe garde le cap. NOFX domine son
sujet, surfant avec aisance sur les styles, alternant gravité et humour, cynisme et blagues potaches, l'unité de l'album passant par un son de guitare très typé (un crunch léger, étonnant dans le
punk, y compris dans les moments les plus sauvages, très proche du son clair utilisé sur d'autres passages). White trash, two heebs and a bean est l'album du "tout est possible", un
disque de pure liberté punk, un "ni Dieu ni maître" à 240 bpm : on fait ce qu'on veut, et ça sera toujours du punk parce que c'est notre musique… Nous, le petit blanc, les deux feujs et le
chicano.
Punk in drublic (1994) enfonce le clou. La recette est la même, forcément un poil moins surprenante, mais très efficace, les compositions étant toujours de très bonne
qualité. El Hefe confirme tout le bien qu'on pensait de lui et de sa polyvalence. La nouveauté vient de la production de Ryan Greene. L'homme façonnera pendant des années le son du groupe et
celui de l'écurie Fat Wreck. Mais avant d'uniformiser le punk rock californien, il s'est occupé de Punk in drublic. Les guitares, brillantes, "croustillent" littéralement, les chœurs et
les arrangements vocaux, plus soignés qu'auparavant, chroment l'ensemble… Punk in drublic s'écoute à grande vitesse, passant en revue tous les genres : chanson à boire ("The brews"),
hardcore mélodique nerveux ("Linoleum" ou "Don't call me white"), tristesse hurlée ("Lori Meyers"… à remuer les tripes), l'iconoclaste ("My heart is yearning"), mêlant les émotions jusqu'au
terminus, le poignant et électro-acoustique "Scavenger type".
Punk in drublic sera la bible de tous les punk rockers "mélo" pour la décennie à suivre. Pas forcément une bonne chose (la fameuse uniformisation évoquée plus haut). Mais grâce à ce
disque, NOFX entre dans le petit cercle des artistes référentiels du genre.
J'ai peu évoqué la facette live du groupe jusqu'à présent. Le disque médiocre qui
suit sera un bon prétexte. NOFX privilégiant le naturel et la spontanéité, les boissons fortes et les substances de toutes sortes, il n'est pas rare de croiser un Fat Mike défait ou ronchon
pendant un concert. Comme monsieur tout le monde en somme. NOFX en live c'est le loto : fulgurances punk et mise au point ou pochetronade lourdingue ? Faites vos jeux. L'autre particularité du
groupe est de beaucoup parler. Sur une heure de concert, un bon quart d'heure (voire plus) est consacré à la tchatche, aux vannes entre musiciens, aux vannes sur les spectateurs, aux vannes sur
les autres groupes (en festival notamment). C'est un genre. C'est le leur. Une fois ces bases posées, ce I heard they suck live !! (1995) est le fidèle portrait du groupe. 1'46 de
blagues avant d'entendre "Linoleum", des breaks exécutés "comme sur les disques" etc. le tout avec un son brut (un bon exemple d'authenticité sonore pour l'auditeur des lives de Judas Priest ou
de Green Day). Le problème majeur de l'album est d'être plombé par 7 titres bourrins pré-Ribbed. Une set-list qui ne joue pas en sa faveur. On lui préfèrera le live de
2007.
Après cette parenthèse live anecdotique on attendait un retour fracassant de NOFX
avec un nouveau disque et…
À
suivre
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