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Mardi 13 mai 2008




Gamma Ray - Sigh no more (1991)

Les 30-40 d'aujourd'hui font partie de la "génération X" (je n'invente rien, de nombreux papiers l'ont décrite à l'époque où nous fêtions nos vingt ans). Une génération bien sympa : la première à croiser le Sida au moment des premières chaleurs, le chômage galopant au moment de bosser, le CD au moment d'acheter des disques, le MP3 quand la collec' de CD était terminée... Génération pathétique qui s'est mollement révoltée (grève et manifs perdues d'avance), n'a pas anticipé les problèmes écologiques, hypnotisée par la surconsommation et a rapidement eu l'assurance de n'en avoir aucune concernant son avenir (vous pouvez chialer).

A chaque génération, sa guerre. Qu'elle soit mondiale, coloniale, gagnée ou perdue, glamour ou dramatique. La notre était minable malgré sa diffusion non stop sur CNN et la 5ème chaîne (pas celle d'Yves Calvi, celle de Jean-Claude Bourret et de Guillaume Durand...). Un matin la nouvelle est tombée : dans la nuit les USA bombardaient les irakiens."La guerre du golfe" ça s'appelait ("War in the gulf en VO). J'vous raconte pas le joli parfum de troisième guerre mondiale : vision d'Armaguédon, champi rougeoyant et cauchemar Mad Max. On y a cru. Tout le monde le disait : ça sent le roussi. Ça va péter. Et au final quoi ? Des bouffeurs de corn-flakes qui sauvent des émirs et des puits de pétrole, le tout en pay-per-view permanent mais sans une seule image. Un mensonge mondial, institutionnalisé, "propagandé", "marketé". Generation X dindon de la farce, comme d'hab. Minable. De quoi être amer et pas très fier de s'être fait entubé. De quoi devenir un peu plus cynique aussi.

Gamma Ray, groupe positif s'il en est, n'a pas été épargné par la vague de pessimisme et d'abattement qui a touché le monde à cette période. Le Rayon Gamma est pourtant devenu un vrai groupe. Après sa brillante première tentative solo, Hansen resserre son équipe, intégrant Dirk Schlächter au poste de guitariste et Uli Kusch (futur ex-Helloween / Masterplan / Ride The Sky etc.) à la batterie. Tout le monde (sauf Kusch) met la main à la pâte et co-écrit les chansons avec le boss. Du coup Sigh no more est un album atypique et aventureux. Un disque lourd et sombre, désabusé et désillusionné. Dès "Changes" le ton est donné : mid tempo misanthrope ("I need to grow an island, somewhere inside my head"). Jamais Hansen n'a joué aussi lentement. Les accords résonnent, distants les uns des autres, laissant Scheepers faire son show. Passant de ses aigus puissants à des basses inédites et insidieuses. "Changes" tournoie, malfaisant, déchiré par un solo remarquable, réanimé par une accélération finale. Les choses changent (le monde / la musique du groupe) mais le doute s'insinue, la peur aussi. Et partout la manipulation. "Changes" est une chanson anxiogène assez insaisissable : une construction à tiroir qui met mal à l'aise. Malaise qui se révèle être le fil conducteur du disque. Même "Rich and famous" s'avère assez tendue derrière son intro bonnasse et mélodique. Le chant de Scheepers, sinue en permanence, le break ajoute à la tension générale, le refrain est une question presque parlée à laquelle répondent des chœurs hystériques. "As time goes by" confirme les soupçons : Gamma Ray, même quand il joue vite, oublie les tics du speed mélo et ressort des riffs. Du genre nerveux. Et comme toujours, les mélodies se multiplient avant d'atteindre le refrain libérateur durant lequel, pour la première fois depuis longtemps, on entend à nouveau la voix de Hansen au premier plan. "Start running", un peu plus loin sur le disque, joue dans le même registre. "(We won't) Stop the war" : encore une surprise, encore de l'inhabituel. Riff de bass groovy, claviers cuivrés, guitares wah wah... Gamma Ray explore un répertoire rock légèrement fusion. Scheepers en profite pour faire claquer son phrasé ("we can run and we can walk, we can sit and we can talk..." ).

Chaque chanson est une surprise. "Father and son" ? Guitare acoustique, texte intimiste... "One with the world" ? Rythmique martiale pour doutes existentiels. Misanthropie et envie d'espoir, mensonge et envie d'idéal : le résultat est poignant. Le meilleur titre de l'album et une des meilleures chansons de Hansen (et de Wessel...). Après 9 titres tendus et éprouvants pour les nerfs et le moral (dont l'asphyxiant "Dream healer"), Gamma Ray se décide enfin à nous donner un peu d'espoir et de lumière : "The spirit" illumine la fin du disque, léger et dynamique (une inhabituelle guitare folk aère les couplets), étoile filante dans un ciel d'encre.

On ne sort pas indemne de cette balade aux confins du doute : Sigh no more est une machine sombre, une mécanique à broyer l'âme, un instantané musical d'une époque inhumaine découvrant sa véritable nature. Un constat amer. Aigre. une bulle négative qui ne demande qu'à être crevée pour que l'Esprit puisse enfin trouver la liberté.

par Heavy REM publié dans : Diskronik Hard Rock / Metal
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Lundi 28 avril 2008
J'ai décidé, dans les jours prochains, de mettre à jour certaines discographies incomplètes (Saxon, Megadeth, Waysted et peut-être Frank Black si j'ai le courage...). J'ouvre le bal avec mes chouchous Saxon. Pas une ligne sur le premier album ? C'est réparé.
Et pour lire la disco dans son ensemble,
c'est ici, et .



Saxon - s/t (1979)
Un premier album comme on n'en fait plus. Médiocre. Les p'tits gars d'aujourd'hui n'ont pas le choix. Faut fracasser d'entrée. Laisser tout le monde sur le carreau dès le premier album. Pour avoir la chance d'en pondre un deuxième. Saxon appartient à la génération que les labels ont laissée grandir, progresser, mûrir, flairant le potentiel (et le pognon) tout en sachant que ce n'était pas "encore ça". Ce disque sans titre s'inscrit dans cette veine. Tous les ingrédients habituels sont là mais le bois est tendre et les peintures fraîches. On retiendra "Backs to the wall" pour l'énergie (éventuellement "Still fit the boogie" les jours d'indulgence), "Rainbow theme / Frozen rainbow" (ouvrir avec une vraie-fausse ballade, voilà un pari osé) et l'étonnant "Militia guard", qui après une intro horriblement laide, enchaîne sur un riff électro-acoustique et une chanson mélancolique assez réussie, quoiqu'un peu foutraque en terme de construction et de mélange des genres (deux breaks, un lent et triste, l'autre joyeux, des chœurs inconoclastes vers la fin et une conclusion sur un solo de guitare relativement lyrique). Un vrai titre "prog" où toutes les idées pas casées ailleurs se retrouvent là ! Le seul du genre dans la carrière du groupe. Je serais curieux d'écouter une version 2008 de cette chanson.
Pas un indispensable donc, à moins d'être bien accro à Saxon, auquel cas, "Rainbow theme / Frozen rainbow" et "Militia guard" valent le détour.
par Heavy REM
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Jeudi 24 avril 2008

The Vandals - Hitler bad, Vandals good (1998) et Look what I almost stepped in... (2000)

Dans la catégorie super crétin, voici les Vandals, pratiquants convaincus de l'humour scato, de la blague lourde et du punk rock stupido-hystérique. Le quatuor sévit depuis la fin des années 80. Assez bruyante au départ, la musique des Vandals s'est affinée. Les premiers albums, très inégaux, alternaient le meilleur ("My first Christmas as a woman" sur Christmas with the Vandals : Oï to the world, par exemple) et les tentatives chaotico-bruitistes (le reste). Warren Fitzgerald, guitariste et principal compositeur, aime l'expérimentation et les chemins de traverse. Guitariste instinctif, il n'hésite pas à "sortir du cadre". Tout comme Dave Quackenbush, chanteur, pour qui l'idée de justesse est un concept assez flou (en live notamment...). Mais pendant deux albums miraculeux, les Vandals sont parvenus à concilier humour, folie débridée et song-writing de qualité.



Hitler bad, Vandals good (rien que le titre...) balaie large et visite tous les registres du punk à la sauce Vandals. Un parfum de précipitation et d'approximation flotte tout le long du disque, alors qu'à l'évidence, tout est soigneusement écrit. N'oublions pas que c'est Josh Freese à la batterie (le gars a cachetonné chez les Guns'n'Roses, A perfect circle, Avril Lavigne (arrgghh), Dweezil Zappa, Evanescence, Mötley Crüe, Nine Inch Nails, Queens of the Stone Age, Suicidal Tendancies, Sting...) Autant dire que si les deux zigotos de devant font les marioles et montrent leur cul (une spécialité de Warren), les bons élèves du fond de la classe jouent sévère. Faut bien ça pour suivre l'esprit tordu de Fitzgerald qui peut passer du punk mélo le plus classique avec mélodie guitare typique sur "Too much drama", à la power-pop la plus tubesque ("My girlfriend's dead"), dévaler Broadway ("Money's not a issue", voix multiples, chœurs sixties et piano cheap), se la jouer swing ("F'd up girl", tempo shuffle, saxo et trompette bouchée), sans oublier le détournement de la chanson de Davy Crockett ("I've got an ape drape"). Les intros ne sont pas en reste : ambiance  "OSS 117" pour "If the gov't could read my mind", on sifflote pour "My girlfriend's dead", tuba et accordéon pour "I know, huh ?". Tout en restant toujours mélodique et accrocheurs, les Vandals balancent, l'air de rien, 14 singles potentiels. .



Après ce succès insolent, les Vandals en ont rajouté une couche deux ans plus tard, avec Look what I almost stepped in... Même folie furieuse, même hystérie positive, même énergie contagieuse. Quackenbush continue de flirter avec le "faux" tout en phrasant comme un épileptique. Et le contenu musical est à tomber. Littéralement. L'album est rempli jusqu'à la gueule de tubes . A chaque nouvelle piste on se demande "A quand la chute ? A quand le titre pourri ?". La réponse est "jamais" (bon ok, "Get a room" pourrait sauter). Les Vandals débaroulent leurs quatorze chansons à fond la caisse sans jamais négocier un seul virage, déboîtent sans un regard dans le rétro. Ça passe ou ça casse. Et ça passe. Le groupe a la grâce, point barre. Ils sont funs, impertinents, ils écrivent des tubes, le savent et se marrent. Parce que sous leurs dehors d'attardés mentaux, les Vandals savent tout jouer et intégrer des influences très diverses dans leur punk rock (comme NoFX dans le registre hardcore mélodique). Cette capacité à mixer des musiques de divers horizons, les passer dans la moulinette punk mélo et jouer avec les limites et les clichés enrichit les disques, leur donne une profondeur et une longévité pas toujours au rendez vous dans le punk rock.

Hitler bad, Vandals good et Look what I almost stepped in ? Deux albums avec un son et un style reconnaissable entre mille et un répertoire parfait. Et vous êtes encore en train de lire cette conne de page web ?

par Heavy REM publié dans : Diskronik Punk
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Mercredi 23 avril 2008

 


Dokken – Under lock and key (1985)

Vivre en province dans les années 80 et vouloir acheter des disques (de hard rock) revenait :
- soit à n'acheter que du AC/DC ou du Maiden dans un supermarché,
- soit à acheter un Motörhead à 90 balles (quasi 15 euros) chez un disquaire qui ne captait rien.
Kevin, décidément de plus en plus présent sur ce blog, me fait remarquer que 90 balles c'est pas si cher que ça pour un CD. Sauf qu'évidemment je parle vinyle ou cassette (K7).

Du coup, fallait partir en pèlerinage pour dégotter de la came valable sans se faire repasser. J'avais l'occasion de "monter à la capitale" une fois par trimestre et j'avais pris mes habitudes à la Fnac Montparnasse. Un lapin taille XXL dans un champ de carottes. Je veux tout ! Dans les Fnac on rencontrait des vendeurs qui en savaient (enfin) plus que nous. Avec un accent parigot à couper à la scie circulaire, le gars invitait à écouter "le deuxième album de Fizz'n'Slizz qui est bien meilleur que le troisième, mais malheureusement dispo qu'en import… Reviens la semaine prochaine, j'en reçois un carton, mais fais fissa y a d'la demande". Heu non, je ne reviendrai pas la semaine prochaine, j'habite pas ici… J'habite le trou du cul du monde, là où les disques sont à 90 balles et où les vendeuses confondent Twisted Sister et les Pointer Sisters (soupir…). Et me parlez pas d'import... Des trucs qui venaient directement des USA ou du Japon à des prix défiant toute concurrence (le premier King Kobra m'a longtemps nargué avec son étiquette à 120 balles… j'ai fini par le choper dix ans après lors de sa réédition en CD … si c'est pas malheureux). De nos jours la Fnac ne vaut plus rien, qu'elle soit à Montparnasse ou à Concarneau, les vendeurs y sont médiocres pour la plupart, les prix exorbitants et le choix comparable à celui de n'importe quel supermarché. L'agitateur culturel est devenu un hangar à iPod et à clés USB. Merde à l'évolution, merci Holy Records, merci Caiman.

Cela dit tous les disquaires locaux n'étaient pas totalement incapables. L'un d'entre eux a poussé le professionnalisme à courir dans la rue pour me rattraper, moi et un congénère clouté, pour demander "s'il ne pouvait pas nous renseigner" (je le soupçonne d'avoir surtout voulu s'assurer que nous n'avions rien dissimulé sous le "cuir un peu zone" qui nous habillait). Comment lui faire comprendre que je voulais écouter le nouveau Venom*, mais qu'à 90 balles je n'étais pas près de l'acheter chez lui ?. Ce brave homme est mort depuis. J'ai alors appris qu'il était un mélomane aux connaissances encyclopédiques dans le domaine du jazz et du classique. Tant pis pour moi, finalement j'aurais peut-être du lui parler.

D'autres disquaires avaient tendance à se marrer quand on achetait du heavy… "Warf warf warf, t'as vu y a le nouvel Iron Maiden qui sort…  Ils sont encore vivants eux ?" A noter que cette blague fonctionne depuis 20 ans puisque Maiden sort toujours un nouvel album. Le seul groupe de hard rock valable pour ces gens là était Motörhead, le grand fédérateur par delà le mur du bruit. Sinon ces gars écoutaient le Velvet (air entendu), Lou Reed (sourire en coin) et bien entendu Iggy Pop (petit regard fixe vers le plafond).
"M'en fous, j'écoute pas les pédés qui font du rock. Sinon vous avez le nouveau Judas ?"
1- Oui j'avais un sens de la répartie assez peu commun.
2- Oui, j'étais très con, d’autant que, si le Velvet est la plus grande escroquerie du rock'n'roll (en lieu et place des Pistols), Reed et Pop ont sorti une paire d'albums plutôt corrects** (si un lecteur R&F ou Inrock traîne par là, je vais me faire trucider dans les commentaires).

C'est donc dans les allées de la Fnac Montparnasse que je tombe sur Under lock and key de Dokken. En bon fan de Scorpions je savais que Don Dokken les avait aidés à mettre en place les démos de Blackout, le temps que Meine se remette d'une opération à la gorge (un polype si ma mémoire de freak est bonne). Je savais également que Dokken était souvent cité comme référence dans la presse pour deux choses : le hard US (il en était soit disant le fer de lance) et le gros son (kolossale produkziöne de Herr Michael Wagener). Ok j'achète. Merci madame, à dans trois mois.
J'ai écouté l'album sur mon walkman (un Aiwa auto-reverse avec recherche des blancs et batterie rechargeable), dans le train de nuit. C'est quoi cette merde ? D'entrée, j'ai détesté.
1- Oui, j'avais un sens de la répartie assez peu commun.
2- Oui, j'étais très con, d’autant que… bla bla bla

Acheter des disques, galérer pour les trouver, prendre des "risques" et être déçu, ça apprend deux choses. Le sens de l'analyse d'une part, et la persévérance d'autre part. Un album téléchargé à la va vite, décevant après une écoute part directement à la corbeille (Vider la corbeille > Voulez-vous vraiment supprimer "Judas Priest – Nostradamus" ***?… Alors que personne ne mettrait 15 euros à la poubelle sur une seule écoute.

Le Dokken a donc pris la poussière pendant plusieurs mois. Jusqu'à un de ces dimanche après-midis de révision d'histoire-géo où l'on passe plus de temps à choisir la musique de fond qu'à mémoriser la production ukrainienne de blé. A force de ne pas savoir quoi écouter, j'ai mis le Dokken… Ce n'est que sur "Lightnin' strikes again" que j'ai dressé l'oreille (et définitivement oublié le blé, l'Ukraine et l'interro… "8/20, Pas assez de travail"). Quel riff. Une chanson up-tempo et un refrain qui tabasse. Comme un drogué en plein trip je passe dix fois la chanson. Le son est énorme. Wagener ne produisait pas les disques à moitié. La terre tremble sous les coups de grosse caisse, Lynch cisaille l'air avec son ESP à tête banane. Le solo explose, à droite, à gauche (ils sont combien ? Ah merde il est tout seul…). Don Do braille le final comme un Klaus Meine dynamité. Excellent.
Fiévreux, chercheur d'or face à la pépite, je passe à la suite. "Don't lie to me". Un tube, un single tellement évident, tellement accrocheur. J'essaye de me souvenir du train de nuit. Comment ai-je pu passer à côté (la fatigue ?). "Don't lie to me" est l'archétype de la chanson hard US qui donne envie de rouler en bagnole à toute berzingue en matant les filles (ce qui peut s'avérer très dangereux, nous en conviendrons). Mélodies de guitares très bostoniennes (on y revient…), refrain "facile", chœurs sympas et solo parfait. "Will the sun rise", mélancolique et délicat, "Til the living end" speedée. Des mid tempos aux mélodies insidieuses complétaient l'album, ceux là mêmes qui m'avaient refroidi en première écoute : "Unchain the night", "It's not love", "The hunter"… Des chansons finalement assez sophistiquées, aux rythmiques lourdes et aux mélodies moins évidentes (sur les couplets notamment). Passons sur les deux ballades ("Slippin away" assez sirupeuse et "Jaded heart"… assez sirupeuse…on se comprend hein ?).

Si le groupe portait le nom du chanteur, la vraie star c'était George Lynch. Une sacrée réputation l'auréolait. Technique irréprochable, son "moderne" (ESP branchée dans un rack haut comme un frigo) et surtout un phrasé et un touché. La même école que Vito Bratta de White Lion. Un jeu où la mélodie prédomine, où tout sonne facile, beau et subtil. Tous les solos de l'album sont exemplaires. Souvent courts, chaque note est interprétée, nuancée, avec une grande élégance.
Lynch a brillé dans Dokken, puis on a découvert avec Lynch Mob, son projet solo raté, qu'il était surtout un side-man de luxe. Comme Slash (et d'autres), il a besoin d'avoir un chanteur pète noix pour le canaliser et lui donner un terrain de jeu à sa mesure.

La discographie de Dokken se révèle assez inégale (la plupart des aficionados citeront également Tooth and nails comme album de référence). Je n'ai jamais retrouvé la richesse mélodique de Under lock and key sur une autre production du groupe. Comme dans tous les genres, le hard US a produit des combos à la chaîne. Au hasard, qui se souvient de Hurricane ou Heaven's Edge ?... Ou plutôt, qui aime encore Hurricane et Heaven's Edge ? Hein quoi ? J'écoute bien King Kobra ??... Hmm… on en reparlera… Bref, si Van Halen est la référence absolue dans le genre (et bien au-delà), Dokken n'a pas à rougir, tout particulièrement avec cet album. A vous de juger, plus de vingt ans après.
 

 

* Les lecteurs assidus et pointilleux de ce blog s'étonneront de cette référence, alors que pas plus tard qu'il y a un certain temps je concassais Venom d'un revers de clavier Azerty… A ceux là je précise qu'il s'agit ici de l'album Calm before the storm, l'un des disques les plus musicaux du groupe.

** Rock'n'roll animal, Berlin, New-York pour l'un, Raw power, Fun house, The weirdness, Lust for life, Brick by brick pour l'autre… à une vache près, c'est pas une science exacte.

*** J'écris cette chronique alors que ce disque n'est pas sorti et après la seule écoute du titre "Nostradamus" qui vaut même pas le temps que j'ai passé à le supporter. Mais je brûle un cierge tous le soirs pour que l'album soit bon.

par Heavy REM publié dans : Diskronik Hard Rock / Metal
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Dimanche 20 avril 2008
Discographie Millencolin


Nikola (chant / basse), Matthias (guitare),
Erik (guitare) et Frederik (batterie)

Les punks s'ennuient. Cette constante établie, on distinguera ceux qui s'ennuient avec humour (Ramones, Damned…) et ceux dont le désœuvrement désespéré les poussent à tout péter (Stooges, Pistols, Clash…).
Et tous les groupes qui ont suivi de choisir leur camp, même si la musique a évolué. Nofx vanne, Bad Religion voudrait plutôt tout bousiller (même s'ils utilisent des mots de plus de trois syllabes pour le dire…), etc.
Et puis Millencolin est arrivé. Obligation d'inventer une troisième case, un nouveau tiroir pour ranger cet étrange quatuor suédois, qui chante le plaisir du doigt dans le nez ET les angoisses adolescentes sur des airs tristounes et des passages ska festifs. La quadrature du cercle. Fatigués d'être assimilés à la scène skatecore (en français : punk à roulettes), Millencolin finit par autodéfinir son style comme du softcore. Influencé par Bad Religion et la scène hardcore mélodique, le groupe se caractérise par un son relativement doux qui gomme toute agressivité tout en conservant l'énergie (qui n'est pas qu'une affaire de son).


Après une poignée de démos et 2 EP (Use your nose et Skauch) très moyens (mal joués, mal chantés, mal enregistrés) Millencolin sort son premier album Tiny tunes en 1994, Depuis, le disque a été rebaptisé Same old tunes pour sa réédition chez Epitaph en 1998). Un premier album speedé, un peu mélodique mais franchement pas terrible.



La logique punk est de donner du temps au temps (les logiques commerciales n'étant pas celles des majors, un groupe peut survivre à des premières tentatives infructueuses).  Millencolin mûrit et dès qu'il passe la seconde avec Life on a plate (1995), les affaire sérieuses commencent.  Hardcore mélo au taquet, Millencolin pose les questions d'une jeunesse middle class qui s'ennuie ("Twenty one, feeling down..."), s'enferme ("so I'm shutting out the whole world just to play Nintendo, I've got these new games but I'm afraid you can't join me" et qui se demande comment faire pour changer de vie ("I'm gonna change my life, my plans, my Vans, my thoughts, my sox…").
Rythmes effrénés, mélodies enlevées, chœurs parfois poignants… Des chœurs qui donnent un sacré relief à "Olympic" ou "Friends 'til the end", deux chansons qui amènent le groupe à un autre niveau. C'est dans l'émotion que Millencolin (qui porte alors bien son nom*) brille. Une émotion sans emphase, basée sur les questionnements et les doutes de chacun. Pour cela, pas de chant plaintif (le grain de voix Nikola Sarcevic suffit) ou de ballades puantes. Juste des chansons menées tambour battant, au rythme d'une vie urbaine et stressante.
Mais la mélancolie n'a pas son mot à dire sur tous les titres. Le groupe reste attaché à certaines influences de jeunesse avec l'alternance de passages punk et skas. La rythmique "pompe" comme il convient, soutenue par quelques cuivres, mais le groupe évite les pires clichés du genre (pas de diggydup…) et n'oublient pas d'être mélodique ("The story of my life", "Move your car"…).

Cette alternance de style, la production (de Dan Swanö… oui oui le musicien death !) et la qualité d'écriture générale font de Life on a plate une première référence pour le groupe.



Le schéma est connu, après un disque qui "marche" les dates s'enchaînent sur un rythme épuisant. Et Burning Heart** demande rapidement un nouvel album. Le groupe, de son propre aveu, ne prend pas assez de temps pour peaufiner For monkeys (1997).
Tout est résumé dans "Puzzle" qui raconte par le menu les épisodes manquants et ce qui attend l'auditeur : "Here we go again with another bunch of soft songs […] less of ska and not so many fast ones, more of poppy, pushy songs, […] nine to five at Unisound […] with Dan as engieneer"…
Tout est dit ou presque, Swanö ayant effectivement adouci le son général et le ska étant moins présent (trois titres sur douze : "Random I am", "Monkey boogie" et "Entrance at rudebrook"). Place au hardcore mélodique ("Boring planet", "Twenty two"…) et à des choses plus mid tempo ("Black gold", "Otis"). Pas forcément les meilleurs titres mais des tentatives de ralentissement qui annoncent la suite). Le côté mélancolique du groupe se renforce un peu ("Twenty two", "Trendy winds", "Lights out"… ) grâce à la voix de mieux en mieux maîtrisée de Sarcevic, qui "connote" tout ce qu'il chante, donnant de la profondeur à des choses qui sonneraient légères chez d'autres. On appréciera au passage les quelques solos, simples et très réussis d'Erik Ohlsson.



Dans le genre stakhanoviste Millencolin se pose là et tourne jusqu'à plus soif. Du coup, on doit se contenter en 1999 de The melancholy collection, une compil regroupant les deux premiers EP, des "face B" et des titres dispos sur diverses compilations (des reprises des Descendents, Poison Ivy, Dolly Parton, etc.). L'intérêt de ce disque est d'avoir la totale à petit prix. Musicalement c'est un peu léger. On lèvera les yeux quasiment tout au long du disque (puisse aucun fan de Police ne jamais entendre "Every breath you take" jouée par les suédois…). Un disque à réserver aux fans. Et encore, j'suis fan et je ne l'écoute jamais…




Pennybridge pioneers (2000) crée le choc dès sa sortie. Produit par Brett Gurewitz, Pennybridge pioneers est l'album du song-writing, résultat de l'expérience et de la maîtrise. Comme leur public, les gars vieillissent et leurs préoccupations évoluent. Finis les textes adolescents ("Highway donkey"). Le groupe ne se cache plus derrière des artifices et des tics de jeunesse (le ska, les tempos obligatoirement à fond les ballons). L'album est ramassé, le son est naturel (donc intemporel). Les chœurs n'ont plus le rendu "synthétique" des disques précédents (la patte Gurewitz !). Difficile d'extraire un titre tant l'album se révèle homogène : toutes les chansons sont bonnes, mêlant joie et tristesse. Seule, "The ballad", semi-acoustique sort fatalement du lot. Sarcevic s'autorise des couplets qui respirent pour tout donner sur des refrains ("Duckpond", "Fox"…). Erik et Matthias travaillent la complémentarité des rythmiques et construisant chaque intervention en solo. Avec Pennybridge pioneers le groupe a passé un cap et a définitivement défini son style.


Home from home (2002) devait confirmer les espoirs des fans. Las, la machine tourne dans le vide. L'album s'inscrit dans la lignée du précédent avec des chansons très fortes comme "Man or mouse", "Fingers crossed", "Black eye" et "Happiness for dogs". Mais le reste est loin d'atteindre ce niveau. Sans être un disque indigne ou mauvais, Home from home est un peu trop quelconque, surtout en succédant à Pennybridge pioneers.



Trois ans pour sortir un nouveau disque. Et Kingwood (2005) remet les pendules à l'heure. Un retour tout en énergie et un album à la production massive et rentre-dedans. Le groupe accélère dès "Farewell to hell", qui rappelle que le softcore, c'est avant tout de l'énergie. Il poursuivra avec deux morceaux speeds limite bourrin ("Biftek supernova" et "Simple twist of hate" bien plus "violents" que les vieux titres du groupe). Quelques petites nouveautés : les arpèges de "Shut you out" (une chanson typiquement Millencolin pour l'ambiance douce-amère…) et le très dansant "Hard times" (un poil disco non ?). Et à nouveau, un très bon song-writing ("Ray", "Novo", etc.). Après un noir référentiel et un rouge décevant, l'album blanc est un bon cru. 



Un titre curieux… Machine 15 (2008)… Finalement une référence au groupe lui-même, en activité depuis 15 ans. Dans le titre éponyme (et comme sur "Puzzle" à l'époque de For monkeys) Sarcevic fait le point : sur Millencolin, ses motivations, sur ce qui fait encore courir 4 ex-skateurs crétins 15 ans après. Machine 15 est un disque finalement assez subtil. L'orientation générale est davantage à la power pop ("Vicous circle", "Come on", "Brand new game", "Turnkey paradise", "Danger for stranger"…) qu'au punk le plus débridé. Certaines barrières tombent et le groupe brave l'interdit punk (arrangements orchestraux ("Done is done"), claviers, guitares claires, etc. Au final l'album est très varié, passant de la mélancolie à la joie, de l'humour ("Detox") au sérieux ("Done is done"). Sarcevic, fort de son expérience en solo, donne dans tous les registres et réussit son coup.

15 ans, 6 albums et des centaines de concerts. Millencolin taille sa réputation sur la route et en soignant la qualité de ses sorties. Les groupes de hardcore mélodiques sont légion, mais bien peu peuvent se targuer d'un tel talent de composition. Et dans le domaine, c'est ce qui fait toute la différence. Pourtant Millencolin ne semble pas véritablement faire référence dans le milieu. Davantage un problème de médiatisation que de qualité.

* Le "millencolin" est une figure de skate mais renvoie, phonétiquement, au mot "melancholy").
** Millencolin est l'une des premières "signature" du label suédois. Les deux entités ont grandi de concert. Depuis quelques années Burning Heart est "contrôlé" par Epitaph, le label US de Brett Gurewitz (Bad Religion).
par Heavy REM publié dans : Diskronik Punk
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