Le punk
Style méconnu, incompris, sur lequel tout le monde a un avis alors que personne n'en écoute… Voilà une première
définition qui colle parfaitement au vilain petit canard du rock, celui qui a foutu la trouille à pas mal de gens pour finalement retomber comme un soufflé… dans les medias. Parce qu'ailleurs,
dans le cercle des initiés, le punk reste vivace et brûlant, déchaînant haines et passions, proposant un panel de courants et sous courants foisonnant. Mais comme les Sex Pistols et leur
directeur commercial, Malcom McLaren ont arrêté toute activité (ou presque), le monde croit que le punk est mort l'année de sa naissance : 1977. Le monde a tort.
Petit préliminaire :
Comme pour le terme hard rock, deux acceptions
:
- le sens général qui englobe tous les courants issus du punk rock originel (oï, ska-punk,
hardcore, hardcore mélodique, emo, street punk, pop punk…)
- le sens "réduit" qui désigne le
style musical originel.
Pour faciliter la lecture, admettons que "punk" = l'ensemble des courants, et que "punk rock" = "style musical précis et originel".
Les bases
Au moment où Led Zep flamboie, où Pink Floyd joue les prolongations et où le monde fume de l'herbe en planant
sur le Grateful Dead et autres chantres du cheveux gras, aux USA, des p'tits blancs qui s'ennuient fourbissent leurs armes. Dans les caves et les garages, un son monte. Sale. Rugueux. Un cri
primal d'adolescents mécontents, peu enclins à croire au "flower power" (t'en vois beaucoup des fleurs près des chaînes de montage de Detroit ou dans le Queens new-yorkais ?). Ces types veulent
en découdre et passer à l'action. Et surtout cramer les idoles du moment qui s'éloignent, à leur sens, de l'esprit rock, des tablettes de la loi 'n roll définies par les grands noms du genre, de
Chuck Berry aux Stones, de Gene Vincent à Elvis (le maigre) ou Little Richards. Marre des solos à rallonge, marre des percus, des impros, des concerts en forme de messe, l'idée est de privilégier
à nouveau la spontanéité, la simplicité et l'efficacité. Ouanetoutrifor et rendez-vous au tas de sable.
Une poignée de formations émergent, toutes originaires du nord du pays, là où ça caille et où le boulot est dur (par opposition au sud et à la Californie en particulier où les groupes sont mous
et sucrés, alanguis sur des plages parcourues de bikinis échancrés et prometteurs). Pour les plus connus : les Stooges (Ann Harbor, Michigan), le MC5 (Detroit "Motor City" toujours dans le
Michigan) et les New-York Dolls (à votre avis ?). Ces gangs n'ont qu'une seule envie, porter les amplis au rouge et les faire cracher jusqu'à ce que mort s'en suive. La déflagration Stooges sera
la plus forte (soniquement parlant), le MC5 politisera rapidement son discours (le groupe devient une "cible" du FBI… d'après la légende en tout cas…) et les Dolls révulseront les hippies (oh
my God des hommes habillés en femmes, l'amour pas la guerre mais pas avec des travlos, faut pas déconner).
Musicalement tout cela est plutôt malhabile et peu chanté, mais c'est l'intention qui compte et l'intérêt,
finalement, est ailleurs. Dans l'énergie, la débauche de décibels cradingues, la saine et authentique suée (on n'est pas le cul dans l'herbe de Woodstock à fumer un spliff), l'urgence d'une
vie urbaine et monoxydée. Béton et junk food, Converses rapées et perf élimés.
En terme
d'audience la "déferlante" touche finalement peu de monde. Mais la "révolution" est en marche et va faire des petits.
Aparté sur du velours
Le Velvet Underground est un cas un peu à part dans cette mouvance. "Arty", "intello", le groupe se veut plus
expérimental qu'attaché au passé. Si son succès fut modeste en terme d'audience (c'est le cas de tous les pionniers de la scène punk), son importance musicale et son influence se démultiplieront
au fil des années. A mon sens, le Velvet est l'une des plus grosses escroqueries musicales du rock (bien loin devant les Pistols) et ne tient que par la personnalité de Lou Reed et son mentor
Warhol (souvent considéré comme un escroc lui aussi). Sous le motif (ou le prétexte) artistique, les deux veulent nous faire avaler des couleuvres. La quasi intégralité de White light / White
heat est chantée faux et mal jouée. Mais c'est là aussi l'un des fondamentaux du punk : tout le monde peut essayer, tout le monde peut le faire. Tout le monde DOIT le faire. Donc, le Velvet,
pourquoi pas ?
1977 (mais un peu avant quand même)
C'est surtout dans la grosse Pomme que le vers s'installe. Les enfants des Stooges et des NY Dolls répondent présent. Une petite communauté se crée dans la cité, autour d'une poignée d'énervés et leurs "fans" (surtout des potes au départ) amateurs de substances diverses et d'interdits en tout genre. Leur lieu de rassemblement ? Le CBGB (Country Blue-Grass & Blues), un club de ploucs crasseux qui autorisent les nouveaux maîtres du bruit à jouer pour quelques dollars. Là se produiront ceux qui deviendront des légendes dans le petit cercle de ceux que Yes n'a jamais intéressé : les Ramones, Television, les Dead Boys, Blondie, Richard Hell et ses Voidods (une fois barré de Television), The Dictators, Patti Smith…
Il fallait un nom à cette mouvance, une étiquette, un drapeau : ce sera "punk" ("minable", "crétin"), le titre d'un fanzine qui regroupe des news et des interviews de tous ces artistes en devenir. Et même si les répertoires n'ont rien avoir les uns avec les autres, l'attitude commune fédère tout le monde : fais avec tes moyens, exprime ce que tu es et ce que tu hais, crée sans complexe…
Mais alors le punk c'est pas anglais ?
Non. Si les anglais piaffent d'impatience, si leurs aspirations musicales vont dans le même sens, les groupes
US allumeront la mèche et inspireront la vague punk européenne. Les Clash, les Damned, les Sex Pistols… tous seront au concert des Ramones (prophètes en Angleterre mais jamais dans leur pays… dès
qu'ils quittent le New-Jersey on les hue) et tous en repartiront avec la ferme intention de "faire pareil" (à noter que dans cette magnifique et émouvante volonté de produire la même chose, ils
en oublieront un des caractéristiques premières des Ramones qui est d'écrire des tubes à la pelle).
L'autre lien entre les yankees et les brittons ? Malcom McLaren. L'homme travaille dans la mode, la fringue et prend en charge de relooker les Dolls. Fini de passer pour des
gonzesses. McLaren s'attelle à une transgression d'un autre genre et encore plus tabou chez l'Oncle Sam : le communisme. Il fringue le quintet en cuir rouge et vend une tournée "cuir rouge". Bide
monumental. Les NY Dolls étaient à l'agonie et MacLaren les flingue définitivement. Il revient en Angleterre, prend en charge les Pistols et les looke en pillant ce qu'il a vu à New-York :
t-shirts rapiécés et consolidés par des épingles à nourrice, perfecto, jeans rapés, etc.
Les
Pistols sont mauvais mais ils sont bien vendus (le contraire des Ramones, qui ne savent pas faire grand chose de leurs instruments mais le font très bien grâce aux centaines de concerts qu'ils
enquillent semaine après semaine).
No future
Le phénomène explose. La jeunesse occidentale sent confusément que tout part en vrille. Le capitalisme se
renforce, le monde se "droitise", les guerres coloniales et post coloniales broient des générations inutilement, les chocs pétroliers font flamber les chiffres du chômage… l'avenir est
sombre et incertain. Et la jeunesse de douter d'un avenir meilleur. No future. Une seule certitude, le lendemain sera pire que la veille. Le changement doit passer par la destruction. Destroy.
Destruction des symboles, remise à plat des valeurs occidentales et capitalistes. Il faut que les idées et les choses bougent. Les punks s'emparent des tabous, des intouchables et jouent avec :
ils salissent les classiques de la chanson (« My way » par Sid Vicious), arborent des symboles interdits (la croix gammée par exemple), associe le rose (couleur réputée féminine ou
gays) au noir du cuir et de la mort.
Dans le grand brasier menant à la fin du monde, les
punks sont les visionnaires, ceux qui ont compris. La décadence en marche, la pourriture et le flétrissement d'une société cholestérolée, pesante, explosant dans sa propre fatuité. Et dans le
bordel terminal, les punks montrent ce qui ne va pas, rappelant à tous qu'ils sont les produits de ce monde gangréné et absurde. Comme le beuglait déjà Iggy Pop qu'on imaginait définitivement
cramé sur Raw power…
I'm a street walking cheetah with a heart full of napalm
I'm a
runaway son of the nuclear a-bomb
I am a world's forgotten
boy
The one who searches and
destroys
Evolution : l'après 77, conservatisme et expérimentation
Beaucoup de groupes resteront
dans le crédo 100% punk en le radicalisant un peu plus musicalement (cf. les fameuses compils Punk and disorderly). Ils jouent mal, vite et glaviotent des paroles irrévérencieuses sur une musique
qui se durcit et s'accélère : GBH, Exploited (à qui l'on doit l'album Punk's not dead en 1981, un slogan qui voyagera sous forme de tag partout en Europe).
D'autres exploreront de nouvelles voies. Depuis 77 le groupe Suicide expérimente aux USA avec des boîtes à rythmes,
des claviers, des bandes passées en boucle (l'idée du sample avant l'heure) pour un résultat chaotique et bruitiste. Ingrédients récupérés par la vague française alterno (les Bérus, Métal Urbain,
emploieront des boîtes eux aussi). Autre gros expérimentateur, Crass. Outre l'aspect conceptuel et politique de sa musique, Crass impose un style graphique qui fera date dans le punk : pochette
noir et blanc, collages, etc. (pour l'anecdote, le groupe publiera les premières œuvres de Napalm Death sur une compil de leur label).
En Angleterre, The Clash intègrera le reggae et des sonorités exotiques, The Buzzcocks "inventeront" la new wave en
jouant une pop rock tour à tour brouillonne, lumineuse et expérimentale qui inspirera The Cure, The Smiths & co (chant imprécis pleurnichard, guitare crunch ou claire à la rythmique très
rapide, refrains pop…).
Noyau dur
Rapidement émerge aux USA une forme plus dure du punk rock : le hardcore. Une
radicalisation qui s'éloignera du rock (et donc du blues originel) : une version très "blanche" du rock, basée sur une rythmique très nerveuse, un chant plus gueulé que mélodique, des tempos plus
élevés, etc. (ex : Black Flag, Minor Threath, Sick Of It All, Agnostic Front, Bad Brains, Dead Kennedys, Adolescents, Circle Jerks…)
L'autre influence du hardcore, curieusement, est le jazz, auquel il emprunte des harmonies tendues et un goût pour le
bizarre. Enfin, niveau parole, le hardcore se veut (généralement) plus revendicatif et plus politisé que les punks US habituels. Mais là où le punk se veut finalement défaitiste (tout est foutu,
no future), le hardcore s'affirme comme une force plus positive et constructive (relève tes manches mon pote et change le monde).
Ce durcissement musical ira jusqu'à emprunter au metal certaines sonorités pour créer ce que l'on appelait à
l'époque le cross-over (le mélange metal / hardcore, dont Suicidal Tendancies ou DRI ont été les chantres)
Noyau dur… mais plus mou quand même
Mais comme à chaque fois qu'un mouvement se durcit,
un courant mélodique apparaît en parallèle (ça existe aussi en metal : speed et speed mélodique, death puis death mélodique, etc.)
Le hardcore mélodique naît via deux groupes essentiels et majeurs : Bad Religion et Descendents (puis All, c'est la même
chose). On garde les composantes du hardcore (vitesse, musique blanche, militantisme… quoi que pour Descendents ce n'est pas très fort) et on ajoute de la mélodie (limite pop voire hard US pour
All)
Ceci peut sembler étrange pour nous, Européens, mais il faut rappeler qu'aux USA, un
groupe comme les Beach Boys, fait l'unanimité chez au sein de la scène hardcore mélodique (née en Californie, on parle souvent de "SoCal hardcore" pour South California). Pour résumer, le
hardcore mélodique c'est du hardcore de plage en somme (déjà les Ramones reprenaient les Beach Boys… la boucle est bouclée).
Les valeurs du punk
Précisons ces valeurs ne sont récupérées et affichées que par
les groupes les moins connus et les plus récents. Les parrains eux s'en tapaient royalement : les Pistols voulaient être des stars, les Ramones cherchaient leur nom dans les charts sans jamais
les trouver, les Clash se sont vendus à Levi's (et quasiment tous étaient signés chez une major… pas de quoi la ramener !)
- le do it yourself
Faire les choses soi-même. Tu veux des concerts dans ton bled ?
Organise-les. Tu veux écouter du punk ? Joues-en. Tu veux avoir des news de la scène ? Sors ta colle et tes ciseaux et crée un fanzine. Etc.
- la proximité fan / musicien
Les musiciens sont comme les gens dans la salle. Seule
différence : ce soir, certains jouent, d'autres écoutent. Demain les rôles seront inversés, aucune importance. La scène n'est pas un moyen de dilater son ego, c'est un lieu de parole, de
transmission de valeur et de partage d'énergie.
- majors : tous pourris
Le punk cultive l'underground. Il n'aime pas la lumière et se méfie
de la diffusion de masse (radio FM nationale, grandes scènes / stades, télévision, chaînes musicales…). Via le "do it yourself" se créent des micro-labels, des listes de distributions (VPC) qui
s'échangent entre elles des références pour faire circuler la musique. Ceci dit, l'éclosion et la réussite de labels comme Epitaph, Alternative Tentacles, Fat Wreck Chords, Go Kart, Burning
Heart, montre qu'il existe des solutions économiques viables, voire florissantes, même dans l'underground et tout en respectant certaines règles. N'oublions pas que les américains, punk ou pas,
n'ont pas de "complexe culturel" avec l'argent, la réussite et le business. Certains punks gagnent très bien leur vie (Brett Gurewitz, Fat Mike, les mecs d'Offspring ou de Green Day,
etc.)
- ouverture d'esprit
Elle est de façade. Les punks vont s'afficher "ouvert". Sauf que les
types les plus straight edge vont vous engueuler parce que vous mangez de la viande, que les street punks vont vous cracher dessus parce que vous écouter un disque chanté juste, etc. Les clichés
ont la vie dure, et les chapelles musicales ont toutes leurs prophètes intégristes : les punks ne font pas exception.
Les disques du punk
Le sujet est vaste et je n'ai pas répertorié tous les sous genres
pour deux raisons : ma méconnaissance de certains d'entre eux (ska punk par ex) et mon inappétence pour d'autres. Je m'en suis donc tenu à ce qui était le plus évoqué dans la définition
ci-dessus. Enfin je suis resté assez près des années de départ pour chaque étape… Si vous voulez plus "récent" (tout est relatif), il vaut mieux taper dans la liste "Mes disques du
punk".
"Protopunk"
- Dictators, The - Go girl crazy*
(USA)
- MC5 - Kick out the jams (USA)
- New-York Dolls - s/t (USA)
- Stooges, The - Fun house (USA)
- Velvet Underground & Nico
- s/t (USA)
* Les Dictators ont de fortes accointances avec la scène hard et metal puisque Ross The
Boss (Shakin Street et Manowar) et Mark "The animal" Mendoza (Twisted Sister) ont joué en leur sein.
Punk rock "77"
- Clash - s/t (UK)
- Damned - Damned damned damned (UK)
- Dead Boys - Young, loud and snotty (USA)
- Exploited - Punk's not dead (UK)
- GBH - City baby attacked by rats
(UK)
- Misfits, The - Static age (USA)
- Ramones - s/t (US)
- Sex Pistols - Nevermind the bollocks
(UK)
- Stiff Little Fingers - Inflammable materials (UK)
- Television - Marquee moon (USA)
- UK Subs - Another kind of blues (UK)
Hardcore
- Bad Brains - Rock for light
- Black Flag - Damaged
- Circle Jerks - Group
sex
- Dead Kennedys - Fresh fruits for rotten
vegetables*
- Minor Threat - Complete
discography**
- 7 seconds - The crew
- Youth of Today - We're not in this alone
* Selon les
disques et les titres, on peut classer le groupe soit dans le punk, soit dans le hardcore. Faut bien choisir, DK étant souvent cité comme influence pour bon nombre de groupes
HxC.
** Minor Threat n'a sorti qu'un seul album et une poignée de maxis, regroupés sur ce CD
Hardcore mélodique
- All - Percolater
- Bad Religion - Suffer
- Descendents -
Milo goes to college
- NoFX - Punk in
drublic
Mes disques de punk
Vous le constaterez, peu de classiques sont représentés ici… La
faute à leur manque de musicalité. Les choses mal équarries pourquoi pas, mais faut-il que les chansons soient là. Et c'est la grosse lacune (à mon sens) du punk première génération. Quelques uns
passent le cap, mais les bons song-writers n'arriveront qu'une ou deux générations après…
"Protopunk"
- The Stooges - Fun
house / Raw power
- MC5 - Back in the USA
Punk
rock
- Against Me ! - New
wave
- Alkaline Trio - From here to infirmary /
Crimson
- Bad Astronaut - Acrophobe
- Buzzcocks, The - Singles
going steady (compil des singles, inédits sur albums)
- Gigantor - Back
to the rockets!!!
- Goo Goo Dolls - Hold me up
- Green Day - American idiot
- Hard-Ons - Yummy!
- Leatherface -
Mush / Horsebox
- Less Than Jake -
In with the
out crowd
- McRackins, The - Back to the crack
- Nerf Herder -
How to meet girls
- Parasites -
Punch lines
- Ramones -
It's
alive
- Randy - The human atom bombs
- Screeching Weasel -
My brain
hurts
- Sheriff, Les - Soleil de plomb / Allegro turbo
- Snuff -
Demamussebebonk
- Vandals, The -
Hitler bad,
Vandals good / Look what I almost stepped in…
- Vulgaires Machins, Les - Compter les corps
- Zabriskie Point -
Des hommes
nouveaux / Paul
Hardcore mélodique
- All - Pummel / Breaking things / Mass nerder
- Bad Religion - Generator / The empire
strikes first
- Lagwagon - Hoss / Let's talk about
feelings
- Millencolin - Pennybridge pioneers / Machine 15
- Mr Bingo -
Sometimes
- NoFX - White trash two heebs
and a bean / The decline
- Samiam - Astray
- Tagada Jones - Le feu
aux poudres*
*On est plus dans le hardcore tout de même, mais bon… je n'avais que celui là à citer dans le genre…



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